jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.

Mon projet pour le Jardin

Devenir jardinière du passage… La période hivernale 2013-2014 a été l’occasion d’une longue phase de recherches tout azimut, de rencontres, d’acculturation. Il fallait se préparer au printemps, et je voulais y entrer avec ma vision du jardin.

Je voyais bien le sens que je voulais donner au jardin. Il intègrerait ma sensibilité à la nature sauvage et aux approches écologiques tout en tenant compte de l’idée commune d’un jardin. Il représenterait aussi ma manière d’être au monde, ma manière de jardiner modestement la société au quotidien sur les lieux où je passe. Une apprentie jardinière qui s’efforce de cultiver en douceur le terrain pour le respect de l’homme et de son environnement : curieuse de la diversité, sensible à l’authenticité, ouverte à l’expression de chacun et patiente pour l’enracinement. Jardinière de passage….

Le 10 mai 2014,  j’ai adressé ce projet de végétalisation au conseil syndical de mon passage (démarche générale, provenance des végétaux, méthode écologique de jardinage, avertissement sur les limites et les échecs possibles, belles adaptations observées) :

Ma démarche générale pour le passage est d’installer progressivement un couvert végétal dans le passage qui puisse s’autonomiser au maximum (dans la limite de la culture en bac). Ainsi, les plantes structurantes installées en 2012 seront complétées par d’autres arbustes et plantes vivaces et des plantations annuelles (en privilégiant celles dont les graines se ressèment l’année suivante). Les premières années nécessitent un certain investissement de départ (achat de plantes et main d’œuvre en conséquence) dans les trois-quatre premières années, allant décroissant ensuite (achats réduits, plantations issues de boutures, graines, dons, trocs), afin de maîtriser le budget général du jardin.

Le temps d’un jardin…
Il est nécessaire de bien intégrer au départ que les plantes ont besoin de temps pour s’installer et que certaines peuvent mourir prématurément (cf. Rubrique limites et échecs ci-dessous). Il faut compter 10 ans pour assister à un beau déploiement, un bel épanouissement d’un jardin.

Un jardin « hors sol » diversifié, un jardin pour tous les sens…..
Un jardin mi-ombre à ombre, adapté aux différentes localisations des bacs et caractérisé par une exposition au soleil courte et évolutive pendant l’année : porches sans lumière zénitale directe, plantes à l’ombre d’un mur, plantes au soleil 3 heures puis en ombre portée par un mur.
Un jardin toute l’année
, avec des végétaux à feuillage persistant (qui gardent leurs feuilles tout au long de l’année) et à feuillage caduc (qui traduisent l’évolution des saisons par un cycle végétal visible, avec la chute des feuilles à l’automne).
Un jardin coloré et lumineux : palettes de verts dans les feuillages, couleurs des fleurs….
Un jardin odorant : intégrer des plantes comestibles ou non qui libèrent des parfums(au contact du soleil, de la chaleur, du toucher, à la faveur d’un mouvement ….)
Un jardin comestible : introduire quelques aromatiques et comestibles, à usage de tous. Construction d’un bac à l’initiative des habitants du 10 du passage pour la culture d’un mini potager à l’usage de tous (à l’image de l’opération européenne des Incroyables comestibles). Il est positionné devant le 10. Il a été construit à partir de palettes de bois non traitées de récupération, sur la base d’un tutoriel proposé sur internet.
Un jardin mellifère : attirant les insectes butineurs et les oiseaux nectarivores pour favoriser la biodiversité et la pollinisation.
Un jardin ouvert aux espèces « sauvages ». Je vais chercher à installer ou laisser à s’installer des espèces locales d’île de France, pour favoriser le retour à une biodiversité locale sauvage, en lien avec l’approche « plan biodiversité » de la ville de Paris, le jardin de l’Evolution du Parc Foral. Ex : exemple le géranium vivace « herbe à Robert » et l’érigéron karvinskianus ou vergerette, qui poussent déjà au pied des pierres le long du muret.
Un jardin privilégiant des plantes non allergènes.

Provenance des végétaux introduits :
– notre pépiniériste initial (automne 2012) « Végétal Service » à Saint Benoît sur Loire.
– des plants ou sachets de graines acquis au fil des saisons auprès de fournisseurs privilégiant une production raisonnée ou bio.
– des boutures ou plants prélevés dans des jardins amis (muguet, lierre, jonquilles, menthe,….) par mes soins.
– des graines ou plants ou bulbes apportés par les habitants du passage (graine de la rose trémière au fond du passage, oxalis, bulbe de dahlia, lamier rampant).

Une méthode de jardinage privilégiant une approche écologique 
La culture et l’entretien sont effectués avec des intrants écologiques afin de préserver l’environnement et de faciliter le retour à la biodiversité de la faune et de la flore :
• engrais utilisables en agriculture biologique (fabriqué artisanalement ou acheté) :
– Une première récolte du compost issu du lombricomposteur expérimenté dans mon immeuble a déjà été amendé aux bacs. Du marc de café a été amendé au pied des rosiers, avec l’aimable contribution du bistrot où je travaille.
– L’achat d’engrais bio pour bambous et d’engrais universel bio.
• traitement des maladies privilégiant des solutions écologiques : purin d’ortie, marc de café, larves de coccinelle pour la lutte contre les pucerons…

La recherche d’économies d’eau aujourd’hui et demain (anticiper le réchauffement climatique) doit :
– conduire à proposer des plantes plutôt majoritairement résistantes à la sécheresse (comme le fait la ville de Paris par l’implantation de nouvelles espèces d’arbres pour anticiper le changement climatique),
– rechercher le paillage pour maintenir l’humidité (dans les bacs ou au pied des plants).
Pour info, le temps d’arrosage complet du passage est de 2h30 maximum.

L’approche expérimentale : l’achat de graines et de petits plants en volume réduit permet d’expérimenter et d’observer ce qui marche bien afin de limiter les dépenses inutiles et le gaspillage.

La recherche de conseils et du partage d’expériences : recherches sur internet de végétaux appropriés, partage avec des professionnels des jardins en externe (maison du Jardinage, Jardin des plantes, Jardin partagé des Deux Nèthes, jardinier amateur ou configurations similaires ex 158 av de Clichy), ou parmi les habitants du passage !

« Avertissement » : limites et échecs à intégrer.
Le jardin est un « espace vivant ».  Comme tout organisme vivant, son développement est lié à son environnement, à sa capacité à s’adapter, à résister, à se défendre… Dans ce contexte, la perte de végétaux est à prendre en compte et à accepter dans la vie du jardin. Les causes peuvent être les suivantes :
certains des végétaux de 2012 possiblement en mauvaise santé initiale ou mal plantés.
l’inadaptation des végétaux au biotope propre à la localisation diversifiée des bacs dans le passage (conditions faibles et évolutives d’ensoleillement pendant l’année). La difficulté est d’identifier les plantes adaptées aux différentes expositions du passage. Cela peut prendre du temps.
les maladies et les attaques d’insectes parfois difficiles à diagnostiquer et maîtriser.
l’espace semi-public du passage, avec des dégradations extérieures possibles ou des comportements récalcitrants (ex les Heuchères dans le bac central gauche du premier porche, fleur cueillie de l’anémone pulsatile dans le dernier bac droite sous le premier porche).
– la culture hors sol dans des bacs avec les difficultés de maîtrise de l’arrosage (appréhension appropriée du taux d’humidité et de son évolution) et le risque d’épuisement de la matière organique ou de saturation du système racinaire dans les bacs.

Les échecs observés en 2013-2014 à ce jour :
Magnolia Grandi Flora : système racinaire visiblement non développé (souche déterrée par mes soins).
Les deux rhododendrons : mal plantés initialement (racines tournantes) ou atteints du phytophthora (après de nombreuses enquêtes et conseils) ?
Les lavandes : aucune ne s’est implantée à leurs emplacements originaux.
Un arbousier : système racinaire visiblement non développé (souche déterrée).
Deux heuchères : plantées successivement dans le même bac sous le porche (décembre et avril). Elle se sont comme autodétruites. Ce bac est très à l’ombre.
Sapin bleu : brulé au pied (cause humaine ?), mais les branches supérieures continuent de se développer, signe de nouvelles pousses ce printemps.
Les deux rosiers grimpants : à surveiller, peu de soleil….

Quelques belles adaptations à souligner ce printemps :
Les clématites fleurissent, les chèvrefeuilles, l’oranger du Mexique, l’hortensia en bouton après le 2è porche, le grand acer japonica, le camélia et ses belles fleurs roses hivernales…. La rose trémière….

Paris, le 10 mai 2014.

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