jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.


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Comment pratiquer naturellement la permaculture et éclore dans les pages d’un livre…

Un précieux ouvrage pratique et sans prétention vient de sortir : Le guide de la permaculture urbaine – Balcon, cour, appartement, jardin… par Carine Mayo chez Terre Vivante, 14/04/2017. Retrouvez-y votre jardinière de passage à partir de la p.84!

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Curieuse de la poussée de la permaculture dans le monde de la culture jardinière des néo-ruraux, j’ai effectué un jour un stage d’initiation, et j’en suis repartie fort perplexe : ce que l’on appelait permaculture, j’en pratiquais l’esprit dès le commencement !

Dès le début, mon approche du jardin pour le passage serait le reflet de ma manière d’être au monde. Voici ce que j’écrivais en 2014 :

Je voyais bien le sens que je voulais donner au jardin. Il intègrerait ma sensibilité à la nature sauvage et aux approches écologiques tout en tenant compte de l’idée commune d’un jardin. Il représenterait aussi ma manière d’être au monde, ma manière de jardiner modestement la société au quotidien sur les lieux où je passe. Une apprentie jardinière qui s’efforce de cultiver en douceur le terrain pour le respect de l’homme et de son environnement : curieuse de la diversité, sensible à l’authenticité, ouverte à l’expression de chacun et patiente pour l’enracinement. Jardinière de passage…. Une expérience de vie globale. »

Depuis, cette approche se poursuit dans le jardin du passage et, au delà, dans l’association Pépins production, qui accompagne de manière responsable et circulaire le processus de végétalisation en ville, en installant des pépinières de quartier dans paris pour produire des jeunes plants rustiques et diversifiés en y associant les habitants.

La permaculture, de la définition à la pratique….

« Inventé par deux australiens, Bill Mollison et David Holmgren, dans les années 1970 (…), la permaculture n’est pas un ensemble de techniques, mais une manière d’appréhender le monde qui peut s’appliquer à de nombreux domaines. Cette démarche repose sur une éthique composée de trois piliers : prendre soin de la terre, prendre soin des humains, partager équitablement les ressources et les récoltes » In Le guide de la permaculture urbaine – Balcon, cour, appartement, jardin…, paru chez Terre Vivante, avril 217. Dans cet ouvrage, Carine Mayo rassemble avec simplicité et esprit pratique, les initiatives en ville qui marchent parce qu’elles intègrent à la fois l’envie d’adopter un mode de vie plus écologique, de manger des produits sains et d’embellir son quotidien et de tisser du lien avec son entourage. Le récit des expériences et le carnet pratique mettent à l’aise : ils fourmillent d’exemples et de conseils pour donner à chacun l’envie de s’essayer.

De mon point de vue, jardiner en permaculture, au-delà des conseils pratiques, c’est : convoquer son bon sens, les souvenirs du jardin de son enfance ou le récit des grands-parents, l’observation de la nature, la rencontre avec d’autres expériences jardinières, tout cela dans une sobriété respectueuse de l’environnement. Sans compter que jardiner en permaculture, c’est aussi être à l’écoute des pratiques d’antan. Des pratiques mises au rebut par l’agriculture intensive des années 1960, alors boostée par l’engouement pour les substituts chimiques. La permaculture n’invente rien. Elle invite à se reconnecter avec les pratiques d’hier qui se revisitent avec les connaissances scientifiques d’aujourd’hui, dans une économie de moyens qui intègre une vision globale des différents éléments du jardin et de son environnement. 
Enfin, jardiner en permaculture, ce n’est pas plaquer des techniques dites de permaculture (lasagnes, buttes, culture à la verticale…), mais bien créer les conditions d’un foisonnement de vie végétale à partir des caractéristiques de son propre terrain (balcon, jardin d’ombre ou de terre pauvre, etc…).

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Jardin du passage, avril 2017

…Bientôt, des nouvelles du jardin du passage !


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Prendre le parti de la lutte biologique… au jardin

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Araignée d’automne

J’ai passé les deux dernières semaines dans une certaine fébrilité. Ce ne sont pas les débats de la primaire de droite, combat de coqs plutôt que débat d’idées pour l’avenir de la France, qui m’ont mis dans cet état, mais le parti que j’ai pris de la lutte biologique pour l’avenir du jardin du passage.

C’est que, dans le bac à légume de mon frigo, j’avais sous ma responsabilité quasi l’équivalent de la population française… en vers microscopiques : 55 millions de nématodes y dormaient de froid, dans l’attente des meilleures conditions de leur libération pour dévorer les otiorhynques, larves du charançon ravageur.

« Des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous… »
Depuis le printemps, une petite troupe silencieuse, en possible expansion, s’est attaquée aux feuilles de certains végétaux du passage. Point de salut pour la jeune feuille fraiche de vigne vierge, du delphinium, mais aussi celle plus coriace du rosier, du chèvrefeuille, de la sanguisorbe, du kiwi : le poinçonneur du soir se reconnait à la chirurgie irrémédiable qu’il opère la nuit venue en perforant les extrémités des peaux végétales, freinant globalement le développement de la plante. Le charançon, une recrue à fort rendement pour les effectifs de la Ratp d’antan, celle d’avant l’époque du pass navigo, poinçonne-t-il aussi les feuilles des Lilas ?

Une chasse épidermique
J’ai longtemps cru qu’il n’y avait que mes mains pour éradiquer ces carapaces noires, la nuit, à la frontale, en prenant à revers leurs perfidies. Car le charançon est fourbe : il faut savoir regarder sous les feuilles pour le démasquer et le prendre d’un geste sec, ferme et assuré. Au moindre mouvement de feuille, il se laisse tomber et fait le mort, espérant échapper à la vigilance de son prédateur jardinier. Ariane, autre chasseresse nocturne était plus courageuse que moi. Mes premiers prisonniers, glissés dans l’emballage carton d’une plaque de chocolat qui bruissait de leurs pattes et de leurs antennes, s’évadaient parfois par l’encoche de l’enveloppe dans le fond de ma manche. Brrr… quel dégoût. Plutôt que de les envoyer dans le jardin du voisin, il ne me restait que l’assurance de leur fin définitive, par le craquement final d’un coup de semelle sur le pavé… Pas d’autre trace le lendemain que celle de la crotte d’escargot, vautour efficace du cadavre de charançon. Aïe, voilà que je contribuais indirectement à la subsistance du gastéropode….

Wanted !

 

A part un improbable lâcher de gallinacées venant gratter la terre dans les bacs et piquer du bec les carapaces voraces, comment venir à bout de ces insectes qui ne cessaient de se montrer durant mes balades nocturnes ?

Le danger est aussi souterrain
J’avais aussi appris qu’un danger plus important encore pouvait menacer les plantes du passage: la ponte de l’otiorhynque, bien nichée dans les racines des végétaux, peut atteindre 800 œufs par insecte ! Non contents de savourer les textures chlorophylles, la famille charançon épuise aussi la plante par ses larves blanches qui dégustent ses racines au printemps suivant avant d’atteindre l’âge adulte (rappelez vous la sauge ananas, la jeune hellébore contrariée l’hiver dernier dans Trilogie dans un jardin. 1. Préparer). C’est sans doute à ce stade de sa croissance que le charançon a fait son entrée dans le passage, bien lové dans le godet d’une jeune plante offerte au jardin.

La lutte biologique, ça ne s’improvise pas
Sans pouvoir s’attaquer à la poule qui fait l’œuf, il fallait tuer la vie dans l’œuf. C’est alors que l’on m’a orientée vers le monde passionnant de la lutte biologique. Pratiquer la lutte biologique signifie recourir aux prédateurs naturels des parasites. Cette pratique, utilisée par le monde agricole dès la fin du XIXème siècle, puis interrompue par l’arrivée de la lutte chimique, a été plus récemment stimulée par une recherche scientifique offrant de nouvelles perspectives.

L’histoire de la lutte biologique est grosso modo celle d’une prise de conscience de la complexité des phénomènes en jeu et d’allers et retours fructueux entre les progrès des pratiques – au départ empiriques – et les avancées des théories bâties par les zoologistes puis par les écologues pour expliquer les insuccès et parfaire l’efficacité de la lutte.
Courrier de la Cellule Environnement de l’INRA n° 15, P. Jourdheuil, P. Grison et A. Fraval

Heureusement pour moi, le prédateur de l’œuf de l’otiorhynque avait bien été identifié.

Un prédateur bien ciblé
On me présenta Heterorhabditis bacteriophora, le prédateur de la larve du charançon. Ces nématodes spécifiques sont des vers microscopiques (invisibles à l’œil nu) qui parasitent et tuent les larves d’insectes vivant dans le sol. Leur action étant spécifique, ils ne risquent pas d’éradiquer d’autres populations ou de dominer le jardin de leur présence (contrairement à la coccinelle asiatique Harmonia axyridis, abusivement introduite en 2004 pour lutter contre la prolifération des pucerons, car on découvrit finalement que son alimentation n’était pas spécifique mais diversifiée, lorsqu’elle croqua ses congénères les coccinelles européennes).

Attention vivant !

Parce que l’on introduit du vivant, l’opération est par nature fragile et n’est pas garantie de succès. Il y a avant tout une responsabilité à limiter les pertes, à respecter cette vie confiée, auxiliaire de l’homme.

Aussi, pour espérer réussir, il est nécessaire d’intervenir sous certaines conditions  :
une dispersion des micro-vers après la période de ponte des charançons (septembre), une température du sol encore supérieure à 13°, une humidité suffisante pour permettre aux vers de se déplacer, mais non excessive, pour éviter leur évacuation naturelle par le trou des contenants. Pendant toute l’opération de dispersion, le mélange doit toujours rester en suspension. Une main à remuer, l’autre à remplir et disperser les arrosoirs dans les 70 contenants en une heure de temps :  la dernière condition est donc solliciter de l’aide ! Une nécessité qui invite à partager aussi l’aventure du jardin, et pas seulement ses récoltes.

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Fidèle au poste…

55 millions de nématodes dans un petit sachet
« On dirait du smecta »réagit Anthony, le premier à arriver sur les lieux de la lutte, tandis qu’une petite pluie fine fait briller les pavés du passage. Un sachet de poudre beige, argile et nématodes mêlés… en somme, un sachet de flore bactérienne pour rétablir l’équilibre de l’écosystème du passage ! Un verre doseur, deux arrosoirs, un bâton pour maintenir la vie en mouvement dans le récipient mère, en seulement une heure top chrono.  « Tu es sûr que tu as bien arrosé là ? allez j’en remets un p’tit coup. » Qui trop embrasse mal étreint… Espérons qu’à vouloir trop bien faire, on n’aura pas jeté le bébé avec l’eau du bain : que les nématodes microscopiques ne gisent pas déjà sur le pavé, écoulés du fond des pots par un trop plein d’eau … Au mois de mai prochain, on saura bien si ils ont fait un bon festin.

Pourvu que la formidable puissance et les richesses encore inexplorées des organismes vivants comme auxiliaires de l’homme soient utilisées avec grande sagesse, au seul service des cultures et des écosystèmes…  A l’échelle humaine, il est, pour certains, tellement tentant de considérer l’autre comme un parasite.

 

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Pour les particuliers, où s’adresser, où se procurer insectes et phéromones :
La maison des insectes
02 40 33 79 17
contact@lamaisondesinsectes.fr

 

 

 


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Trilogie dans un jardin. 1. Préparer

15 avril 2016. Et voilà, je suis prête. Mais est-on jamais assez prêt pour honorer le nouveau cycle de vie qui s’ouvre ?

D’abord préparer et panser, avant d’accueillir.

Petit retour en arrière.
A l’automne, j’ai remercié la terre, flétrie et tannée de tant de chaleur et de sollicitations, en l’abreuvant du jus noir du lombricomposteur. Corsetée dans les auges en pierre, la terre du passage doit bien être aidée à se régénérer.

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Champ de coquelicots, Saint Denis, 28 novembre 2015

Au même moment, d’autres plaies, elles très vives, se pansaient par l’hommage rendu aux Invalides aux victimes du 13 novembre, tandis les représentants des communautés religieuses du monde (chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindouistes..) se rassemblaient dans la basilique Saint Denis pour mieux porter, dans la force de leur spiritualité rassemblée, les négociations de la COP 21. L’installation du champ de coquelicots devant la basilique (projet participatif artistique autour de la récupération avec 2degrés dans le cadre de Art COP21) avait une résonance poignante. Les coquelicots, plantes messicoles qui sortent de terre lorsqu’elle a été remuée, aussi associés à la mémoire des soldats de la première guerre disparus dans la terre remuée de la Somme, offraient leur rouge ambivalent, celui de la blessure et de la fête.

 

J’ai laissé intacts, jusqu’après la fête de la Saint Nicolas (l’occasion du rituel bon vin chaud dans le passage), les végétaux moins vigoureux mais encore animés, qui vêtaient les façades et les grilles, avant de me rendre à l’évidence : le vert s’était terni, les longues tiges devenaient de lâches ficelles… Finalement la vie se retirait ou se mettait en dormance. Il fallut se résoudre à taillader la toile du tableau 2015.

Alors, ôter les feuilles mortes et les tiges mourantes des annuelles (courges, tomates…), et les déposer en offrande nourricière (sans les malades), en place du pied qui les avait portées.

Alléger, éclaircir aussi certains arbustes, sans les défigurer, dans une taille de transparence, après avoir lu et relu « La taille raisonnée des arbustes d’ornement » de Pascal Prieur et suivi le cours public de la taille des arbustes d’ornement à l’Ecole du Breuil. Surtout, opérer branche après branche et, pour chaque geste de taille, prendre du recul, regarder la silhouette de la plante, son équilibre.

Puis pelotonner les pieds contre les engelures, dans une belle couverture d’hiver de paille lumineuse (je vous en ai déjà parlé). Moi, rien qu’à la regarder tous les jours, elle me réchauffait, cette paille ! Les bacs du passage ressemblaient maintenant aux crèches des étables.

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Observation d’un fruitier palissé avant taille, clos de Patrick Fontaine, Montreuil

Ce n’est que fin février que j’ai timidement attaqué la taille de mes jeunes fruitiers, les deux pommiers et les pieds de vigne, après avoir lu et relu et comparé le « Manuel de taille douce » d’Alain Pontoppidan et « L’art de tailler les arbres et les plantes » de Georges Truffaut et Pierre Hampe … et après avoir rendu ma visite biennale à Patrick Fontaine, qui partage insatiablement sa pratique de la taille des fruitiers palissés de son clos des murs à pêches de l’impasse Gobetue à Montreuil. Derrière la taille, c’est en fait au fonctionnement des énergies internes de l’arbre auxquelles je me familiarise.

J’aime le port naturel de l’arbre, alors je fais à mon idée, riche de toutes ces pistes.

C’est à ce moment-là aussi que j’ai charpenté et taillé les rosiers sur leurs grilles porteuses. J’ai enfin étêté les vieilles fleurs des clématites devenues plumeaux, pour mettre un peu d’ordre dans l’enchevêtrement des tiges ligneuses éteintes en apparence, sans savoir lesquelles tailler. Le lilas des Indes fut le dernier à subir sa coupe annuelle. Couper tard, juste avant la repousse, pour laisser l’arbuste à l’écorce cannelle le moins longtemps tête nue, ce qui jetait alors un froid dans le passage.

Malgré ces étapes, à la fin de l’hiver, le passage-jardin baignait encore dans un halo vert, qui se relança même, dans la douceur, jusqu’au coup d’arrêt de la fin janvier. Certaines plantes caduques portaient toujours leurs feuilles (akébia, fuchsia, salvia amistad, rosiers, cerfeuil). Les betteraves et les blettes à carde jaune étaient resplendissantes. Au milieu d’elles, le camélia, de ses intarissables pompons roses, fut la curiosité de presque deux saisons.

Une jeune hellébore resta en son unique bouton qui bouda tout l’hiver. Une contrariété ? Dans le même environnement proche se tenait la sauge ananas qui avait peiné tout l’été. Je plongeai dans leur sol, et, sous les profondeurs, nichées dans les racines, je découvris une myriade de grasses larves blanches de charançon qui paissaient sans effort. Je dus renoncer à épouiller les cheveux racinaires, la terre. Il fallut renouveler tout le substrat, dénuder les racines épuisées puis les praliner et leur donner une nouvelle chance…

Fin de l’hiver. Fin de la préparation.

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Veillée pour la terre, 11 décembre 2015, rue de Vaugirard


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En ce début 2015, soyons fruitiers de fraternité !

Cultiver la fraternité…

2014 se couchant sur Paris, depuis Caulaincourt.

2014 se couchant sur Paris, depuis Caulaincourt.

 En ces commencements blessants, chers amis « suiveurs », que cette année qui se relève donne du fruit à vos modestes ou grandes initiatives pour une vie belle, chaleureuse, attentive et paisible auprès de vos familles, amis, voisins, inconnus si proches et parfois si lointains. Cultivons, chacun à notre mesure, la fraternité autour de nous !

 


Plantation de fruitiers, un bon début….

En cette entrée en 2015, bienvenue aux pommiers Reine des Reinettes et Akane, au figuier à fruits rouges et au doux tronc gris pâle, aux quatre pieds de vigne Muscat bleu et Perdin : jeunes arbres prometteurs de fruits et de fraternité, plantés cet hiver dans le passage.

Figuier en omnibus

Figuier en omnibus

Voyages initiatiques
De premiers pommiers, tant rêvés à distance, n’auront hélas pas pu prendre place dans le fidèle caddie rouge une fois parvenu à la pépinière Châtelain. Du haut de leurs quatre mètres, il aurait fallu percer le toit du bus qui nous ramenait vers le RER de Goussainville pour Paris.
Le figuier (belle consolation) aura connu, droit comme un i, l’épreuve du RER D.
D’autres pommiers salvateurs seront enfin parvenus d’Alsace, tête et racines nues* et petit tronc à trois branches, tels des balais de sorcière.
Dans la paille, on ne trouve pas que des aiguilles, mais aussi des pieds de vigne. C’est ainsi que j’ai reçu (dans ce genre de colis que protège généralement papier bulle ou chips de polystyrène), bien empaillés, les quatre plants de vigne soigneusement sélectionnés.

 

 

Lune parisienne

Lune parisienne

 Course contre la nuit
Alors, en décembre, au retour de mon travail, dans la petite fenêtre de lumière restante s’obturant de jour en jour, d’heure et demi, en heure vingt puis quinze puis moins encore, dans la bruine nocturne, j’ai planté les arbres, presque à tâtons: un petit nid douillet et riche pour leurs racines nues, bien pralinées** de boue argileuse, bien choyées par la main humaine comme jamais elles ne le seront plus. Des pots plus profonds que larges pour les pieds de vigne et le figuier. Les caisses à orangers pour les pommiers. Et, à fleur de terre, là où respire le collet de l’arbre, cet engrais de luxe : le crottin de cheval percheron éperdument épandu.

Course contre l’obscurantisme… Retroussons-nos manches, pralinons la fraternité, comme on praline les racines nues d’un arbre fruitier.

 

Installation des nouveaux arrivants

Pourquoi des arbres fruitiers sur les pavés ?
Un jardin à Paris peut être vivrier. Ouvrir plus encore le passage-jardin à la dégustation, après l’émerveillement de la forêt de tomates sauvages en 2014, et continuer d’étonner les passants.
La maturation d’un fruit, du bourgeon, à la récolte et à la taille, rythme l’année à chacune de ses saisons. Elle suscite la curiosité, permet l’observation, invite à la patience et au respect du cycle végétal tout au long de l’année.
Une récolte peut se cueillir et se partager collectivement. C’est l’occasion de rassembler les habitants autour de temps forts et de ponctuer ainsi la vie sociale du passage. A l’image de la fête des vendanges à Montmartre, qui sait.

Fruitiers de fraternité.

Pourquoi des pommiers, des vignes, un figuier ?
En diversifiant les végétaux, on favorise aussi l’accueil d’une diversité d’insectes pour créer un écosystème robuste et le plus autonome possible.
Le pommier s’adapte à toutes les expositions, y compris l’ombre, et peut se cultiver en bac.
Deux variétés retenues pour leur maturité précoce et leur pollinisation facile. Deux pommiers plutôt qu’un seul, pour favoriser les chances de pollinisation (pollinisation croisée de fruitiers compatibles fleurissant à la même période) : le Reine des Reinettes, variété ancienne, robuste et résistante, aux pommes douces ; l’Akane pour ses pommes rouges brillantes comme celles que dessinent les enfants, et aussi acidulées, juteuses et croquantes.
Des cépages qui donneront du raisin de table. Deux variétés (Perdin et Muscat bleu) résistantes aux maladies cryptogamiques pour leur maturité précoce (1-5 septembre / 15-20 septembre) pour faire face à la diminution de l’ensoleillement à la fin de l’été dans le passage. Deux couleurs, raisin rouge et raisin blanc pour le contraste des couleurs et des goûts.
Le figuier, qui évoque et dégage, par ses fruits et ses feuilles, la chaleur du sud tout en se plaisant bien dans les cours parisiennes à toutes les expositions. Il est sobre dans ses besoins nutritifs et son entretien.

De belles pommes rouges, des figues joufflues et de lourdes grappes de raisins à partager ! On peut toujours rêver…. Patience… d’ici deux ou trois ans, peut-être ?


*Végétal en racines nues : arbre réceptionné en racines à nues, non enrobées de terre. Possible en hiver seulement, après la chute des feuilles, pendant l’état de dormance du végétal, entre novembre et mars. Favorise (après pralinage) une reprise vigoureuse au printemps et présente l’avantage d’un transport plus léger !

** Praliner : enrober les racines nues d’une préparation protectrice (boue nourricière et fertilisante) pour éviter leur dessèchement, empêcher les poches d’air entre les racines et la terre d’accueil. Cette opération favorise ainsi leur amalgame lors de la plantation et la bonne reprise du végétal lorsqu’il est planté en racines nues.

 


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Le luxe à Paris…

Exclusif ! Deux matières rares et précieuses à l’honneur de la collection cosmétique organique automne-hiver 2014. Un secret à ne surtout pas dévoiler aux adeptes de MylittleParis

Fragrance fumante de cuir et d’humus, texture agglomérée en rondes légèrement friables, c’est le crottin de cheval percheron s’ébattant en prairie. Un baume nourrissant d’exception.

Fibres dorées de céréales coupées enchevêtrées, texture rêche à fort pouvoir calorifique, c’est la généreuse brassée de paille. Un tricot fermier et chaleureux pour délicates parisiennes.

Cet ensemble haute culture, un rêve sur papier glacé pour jardinière urbaine parisienne ?
Pas à Paris XVIIIè…. Ces deux matières nobles et rares sont arrivées cet automne au passage ! Les plantations seront bientôt parées d’une luisante fourrure hivernale.

Crottin et paille…. Offrandes simples et précieuses, geste libre et inattendu d’une habitante au retour de sa campagne. Le luxe, c’est cela, exactement.

Usages :
La paille permet de protéger les pieds des végétaux, pour maintenir la chaleur contre la froidure de l’hiver, limiter l’évaporation de l’eau et aussi apporter de la nourriture organique qui viendra amender la terre en se décomposant progressivement.
Le crottin de cheval (éviter celui des centres équestres, pouvant contenir des résidus de médicaments) qui a reposé quelques semaines (pour détruire les germes) est associé à la paille pour améliorer les qualités organiques de la terre. Il peut aussi être dispersé en surface à même la terre (sans lui faire toucher tronc et racines qu’il pourrait brûler) et réjouira particulièrement les plantations fruitières et les rosiers.

On regrette la disparition des calèches parisiennes….


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Un poisson dans le ciel

poisson bonbon AVDans les mailles d’un filet, le ciel bleu de Paris pêché un mardi d’octobre. Provisions d’azur avant l’ensevelissement par le gris, océan d’hiver sur cette Ile de France. Et soudain dans le ciel bleu scintillèrent le mouvement, la lumière : nageoires du soleil qui rougeoie ou poisson feu dans le ciel ? Une masse rouge bonbon acidulé…. Une lumière vive et ronde qu’on pourrait déposer au creux d’un coquillage. Un roudoudou qu’on ferait fondre très, très lentement sous la langue pendant la longue traversée des jours sombres. Une confiserie solaire que l’on s’efforcerait de sauvegarder jusqu’à la venue du prochain printemps.

 

paquebot rouillé AVA bord de leur paquebot rouillé, trois poissons rouges récemment débarqués d’autres contrées voguent vers leurs nouvelles aventures, munis de leurs nageoires oriflammes. Prêle, menthe, lentilles d’eau encore jeunes parfument et renouvèlent leur atmosphère aquatique. Le filet, protection illusoire contre quel prédateur : le petit chat noir, des mains vagabondes, les assauts du froid  ? Les mâts-prêles arque-boutés, l’eau qui se trouble de temps en temps sous un filet alors échevelé signalent quelques tempêtes mystérieuses mais à ce jour toujours surmontées…

 

panier aquatique AVFabriquer un bassin aquatique :
– la bassine : une bassine charmante et cabossée suffisamment profonde, trouvée au coin d’une rue ou au fond d’un grenier. Tester préalablement son étanchéité et boucher les petits trous avec du silicone transparent.
– l’eau : remplir d’eau de pluie (non calcaire, non javellisée…) ou d’eau du robinet que l’on laissera alors reposer quelques jours.
– les plantes aquatiques et oxygénantes : pour filtrer l’eau et mettre en place un petit écosystème autonome, implanter quelques végétaux en les installant par exemple dans un petit panier rempli de susbtrat. Le panier peut tout simplement être une de ces barquettes plastiques ajourées qui conditionnent les godets de plants en jardinerie. Positionner au fond du panier un carré de feutre géotextile pour fixer le substrat. Remplir le panier avec le mélange de terre à dominance d’argile (appesanti par l’eau) dans lequel on loge les végétaux. Plonger le tout au fond du bassin…..
– il ne reste plus qu’à faire venir des poissons ! Suggestions d’approvisionnement avant de courir à l’animalerie : l’aquarium de vos amis, l’école de vos enfants qui héberge souvent des poissons en surnombre. Au début, on pourra saupoudrer quelques flocons alimentaires à heure fixe et on sympathisera ainsi avec les poissons !