jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.


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Spectacles

Dans mon bistrot. 9h50. Je lève les yeux. Sur l’écran, hélicos en chute libre. Père bouffi de tristesse. 11h20. Je lève les yeux. Hélicos en chute libre. Père bouffi de tristesse. 15h25. Je lève les yeux. Hélicos en chute libre. Père bouffi de tristesse… Images à répétition comme un clou qu’on enfonce. Effondrement d’un père, émotion intime offerte en pâture. Qui a tant besoin de s’abreuver de ce qu’un père peut éprouver à la perte de son enfant ? Evénement dramatique transformé en spectacle médiatique. Dans quelle dépression sociétale veut-on nous plonger ? Et dans ce climat d’amalgame, du « tout va mal » (de près ou de loin) au vote politique, il y a le grand risque d’un mauvais pas…

Dans mon passage. Vendredi. Je lève les yeux. Le long de la grille, bois mort, cadavres organiques. Lundi. Je lève les yeux. Minuscules boursoufflures apparues à la croisée de branches. Mercredi. Je lève les yeux. Préfiguration d’un bourgeon. Vendredi. Je lève les yeux. Débourrement de vert : de la carapace de bois s’extrait la forme d’une feuille contenant une extraordinaire concentration de vie, celle du végétal qui va se déployer cette année.

Pour s’offrir d’autres images que celle du spectacle que l’on nous sert, faites comme moi, choisissez une petite branche, même banale mais que vous croisez tous les matins, et observez-là bien !

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En ce début 2015, soyons fruitiers de fraternité !

Cultiver la fraternité…

2014 se couchant sur Paris, depuis Caulaincourt.

2014 se couchant sur Paris, depuis Caulaincourt.

 En ces commencements blessants, chers amis « suiveurs », que cette année qui se relève donne du fruit à vos modestes ou grandes initiatives pour une vie belle, chaleureuse, attentive et paisible auprès de vos familles, amis, voisins, inconnus si proches et parfois si lointains. Cultivons, chacun à notre mesure, la fraternité autour de nous !

 


Plantation de fruitiers, un bon début….

En cette entrée en 2015, bienvenue aux pommiers Reine des Reinettes et Akane, au figuier à fruits rouges et au doux tronc gris pâle, aux quatre pieds de vigne Muscat bleu et Perdin : jeunes arbres prometteurs de fruits et de fraternité, plantés cet hiver dans le passage.

Figuier en omnibus

Figuier en omnibus

Voyages initiatiques
De premiers pommiers, tant rêvés à distance, n’auront hélas pas pu prendre place dans le fidèle caddie rouge une fois parvenu à la pépinière Châtelain. Du haut de leurs quatre mètres, il aurait fallu percer le toit du bus qui nous ramenait vers le RER de Goussainville pour Paris.
Le figuier (belle consolation) aura connu, droit comme un i, l’épreuve du RER D.
D’autres pommiers salvateurs seront enfin parvenus d’Alsace, tête et racines nues* et petit tronc à trois branches, tels des balais de sorcière.
Dans la paille, on ne trouve pas que des aiguilles, mais aussi des pieds de vigne. C’est ainsi que j’ai reçu (dans ce genre de colis que protège généralement papier bulle ou chips de polystyrène), bien empaillés, les quatre plants de vigne soigneusement sélectionnés.

 

 

Lune parisienne

Lune parisienne

 Course contre la nuit
Alors, en décembre, au retour de mon travail, dans la petite fenêtre de lumière restante s’obturant de jour en jour, d’heure et demi, en heure vingt puis quinze puis moins encore, dans la bruine nocturne, j’ai planté les arbres, presque à tâtons: un petit nid douillet et riche pour leurs racines nues, bien pralinées** de boue argileuse, bien choyées par la main humaine comme jamais elles ne le seront plus. Des pots plus profonds que larges pour les pieds de vigne et le figuier. Les caisses à orangers pour les pommiers. Et, à fleur de terre, là où respire le collet de l’arbre, cet engrais de luxe : le crottin de cheval percheron éperdument épandu.

Course contre l’obscurantisme… Retroussons-nos manches, pralinons la fraternité, comme on praline les racines nues d’un arbre fruitier.

 

Installation des nouveaux arrivants

Pourquoi des arbres fruitiers sur les pavés ?
Un jardin à Paris peut être vivrier. Ouvrir plus encore le passage-jardin à la dégustation, après l’émerveillement de la forêt de tomates sauvages en 2014, et continuer d’étonner les passants.
La maturation d’un fruit, du bourgeon, à la récolte et à la taille, rythme l’année à chacune de ses saisons. Elle suscite la curiosité, permet l’observation, invite à la patience et au respect du cycle végétal tout au long de l’année.
Une récolte peut se cueillir et se partager collectivement. C’est l’occasion de rassembler les habitants autour de temps forts et de ponctuer ainsi la vie sociale du passage. A l’image de la fête des vendanges à Montmartre, qui sait.

Fruitiers de fraternité.

Pourquoi des pommiers, des vignes, un figuier ?
En diversifiant les végétaux, on favorise aussi l’accueil d’une diversité d’insectes pour créer un écosystème robuste et le plus autonome possible.
Le pommier s’adapte à toutes les expositions, y compris l’ombre, et peut se cultiver en bac.
Deux variétés retenues pour leur maturité précoce et leur pollinisation facile. Deux pommiers plutôt qu’un seul, pour favoriser les chances de pollinisation (pollinisation croisée de fruitiers compatibles fleurissant à la même période) : le Reine des Reinettes, variété ancienne, robuste et résistante, aux pommes douces ; l’Akane pour ses pommes rouges brillantes comme celles que dessinent les enfants, et aussi acidulées, juteuses et croquantes.
Des cépages qui donneront du raisin de table. Deux variétés (Perdin et Muscat bleu) résistantes aux maladies cryptogamiques pour leur maturité précoce (1-5 septembre / 15-20 septembre) pour faire face à la diminution de l’ensoleillement à la fin de l’été dans le passage. Deux couleurs, raisin rouge et raisin blanc pour le contraste des couleurs et des goûts.
Le figuier, qui évoque et dégage, par ses fruits et ses feuilles, la chaleur du sud tout en se plaisant bien dans les cours parisiennes à toutes les expositions. Il est sobre dans ses besoins nutritifs et son entretien.

De belles pommes rouges, des figues joufflues et de lourdes grappes de raisins à partager ! On peut toujours rêver…. Patience… d’ici deux ou trois ans, peut-être ?


*Végétal en racines nues : arbre réceptionné en racines à nues, non enrobées de terre. Possible en hiver seulement, après la chute des feuilles, pendant l’état de dormance du végétal, entre novembre et mars. Favorise (après pralinage) une reprise vigoureuse au printemps et présente l’avantage d’un transport plus léger !

** Praliner : enrober les racines nues d’une préparation protectrice (boue nourricière et fertilisante) pour éviter leur dessèchement, empêcher les poches d’air entre les racines et la terre d’accueil. Cette opération favorise ainsi leur amalgame lors de la plantation et la bonne reprise du végétal lorsqu’il est planté en racines nues.

 


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Le jour des boulettes

Ce samedi, j’avais convié petits et grands du passage à leur/mon premier atelier de jardinage. A cette occasion, enfants de trois ou huit ans, jeunes parents et collégiens enchaînèrent les boulettes. Mais cela ne prêta pas à mauvaises conséquences, bien au contraire…

boulettes graines AVCar voici la recette des boulettes… de graines*
Ingrédients : argile, terreau, graines.
Fabrication : on commence à façonner une petite boule d’argile dans le creux de sa main. On incorpore ensuite à la perle ocre un peu de terreau (deux tiers/un tiers). Puis on ouvre la boule avec le doigt pour offrir à la graine un petit nid. On referme le tout. On peut ensuite la poser ou la lancer pour atteindre des lieux inaccessibles.

Dispersion de graines de plantes mellifères
On a commencé par reconnaitre et récolter tous ensemble les graines de la belle rose trémière rouge (venue de l’ïle de Ré), qui avait tant brillé cette année : au printemps, elle était montée, montée vers le ciel, développant des grappes de boutons. Le lundi de pentecôte, le rouge nous était enfin apparu. Mes fournisseurs, habitants du passage, m’avaient rapporté de leurs vacances d’autres couleurs de trémières. Ces malvacées, riches en pollen et en nectar, attirent les insectes. Voilà une graine à boulette !
On malaxait tous de bon coeur, mains noircies malgré les premières réticences. Chacun put choisir ses petits présents dans la palette des semences jaune, fuchsia, rose, blanc rosé, mauve, rouge. On obtint une belle pyramide de boulettes. Au top départ, comme une envolée de moineaux, chaque semeur s’enfuit déposer son petit secret dans une aspérité de pierre, un petit creux de terre. La graine, lovée dans sa coque de protection nutritive, se décidera-t-elle à germer ? Fera-t-elle amalgame avec son terrain d’accueil ? Révélation des Kinder surprises multicolores au printemps prochain !

*La boule de graines s’inspire d’une idée lancée par le mouvement dit de « guérilla jardinière », qui désigne un mouvement de réappropriation d’espaces délaissés au profit d’une émergence végétale. Elle est dénommée « bombe à graines ». Moi je préfère dire boule, pour la douceur et la poésie de la démarche plutôt que son évocation militante plus radicale. Mais l’effet reste le même: favoriser le retour de la nature dans nos villes, pour les oiseaux, les insectes, mais aussi le plaisir de nos yeux.