jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.


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French cancans

Samedi dernier la douceur était dans l’air.

La cigogne blanche nageait une brasse paisible dans le bleu du ciel du Crotoy.

A son atterrissage dans la réserve naturelle, le butor étoilé hérissa tel un lion sa crinière de plumes avant de devenir roseau parmi les roseaux dorés sous le soleil d’hiver. Les plumes des phragmites brillaient ds la lumière du soir. Dans la roselière, qui du jonc, qui de l’oiseau ?

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Phragmites au Marquenterre

Samedi, il y avait foule aux étangs du Marquenterre.

C’était l’odeur de l’eau vive qui les avaient appelés. Vanneaux huppés, garrots à oeil d’or, canards siffleurs, ils savaient l’eau libérée de la glace. Ils avaient mystérieusement débarqué à tire-d’aile. Ils étaient là en nombre à se désaltérer et à se dire leurs cancans dans des aboiements, des klaxons et tintements ronds ou cristallins qui roulaient au milieu des jeux d’eaux. Une belle cacophonie de timbres. Chaque espèce avait sa voix sur la portée des ondes.

Photo publiée par le Parc du Marquenterre lors du comptage du we 28/29 janvier.

Et il y avait tant à cancaner pour les canards nordiques. Sur leur eau de repos, grande place publique, les oiseaux aquatiques n’en revenaient pas de ce qu’ils avaient vu en survolant le pays : en dessous, sur la terre, ça pataugeait beaucoup.

logo_can1Et l’un de leurs congénères en avait même rajouté en lançant un pavé dans la mare ! … Dans le milieu politique, les grands chefs de troupeaux perdaient pied. Le peuple en était déboussolé. Qui désigner pour ouvrir une nouvelle voie, pour tracer ce grand V d’oies sauvages dans le ciel ?

Ces nouvelles ne prêtaient pas à faire ricaner les canes. Et si ces troubles perturbaient leurs propres migrations ? Et si le mur annoncé au-delà de l’atlantique montait au-dessus du ciel ? Et si les oiseaux de passage étaient empêchés de poser leurs pattes sur le sol pour y trouver le repos ou y nidifier, comme ces humains venus d’orient ? Oh, il suffirait d’un simple demi-degré de plus pour perturber leur boussole biologique et les dérouter. On n’en n’était pas si loin.

Samedi dernier la douceur était dans l’air et pourtant ces nouvelles faisaient frissonner.
Empêcher l’oiseau d’aller plus haut…

Photo publiée par le Parc du Marquenterre lors du comptage du we 28/29 janvier.

Sur le Marquenterre, il restait encore un miroir gelé, mais en son centre, des brisures du verre teinté laissaient Mathilde, la grue cendrée blessée, se rêver dans le ciel.
Un petit morceau de ciel pour espérer y voir un signe.


Le cygne chanteur au bec jaune se lissait les plumes, non loin de là.

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Merci au guide nature du Parc qui prête volontiers ses yeux et ses jumelles, au naturaliste amateur qui partage ses découvertes, à la bouilloire de thé chaud sur le poêle du poste 6…


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Un « coup de pousse » à Pépins production avant le 28 janvier…

Je vous ai déjà parlé de Pépins production….

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L’association à laquelle je participe au développement lance sa première campagne de financement participatif qui se termine le 28 janvier.

94% du financement est déjà assuré grâce à plus de 130 contributeurs !  Pépins production a même eu sa minute sur France Inter dans CO2 mon amour  du 21/01 (autour de la 36è minute!). Le 28 janvier, le carrosse des promesses pourrait se transformer en citrouille si nous n’atteignons pas les 100% (ce qui en soit n’est certes pas un drame pour les jardiniers qui sauraient en ressemer les graines).

C’est la dernière ligne droite : il n’est pas trop tard pour nous donner un bon « coup de pousse » !

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Qui sommes nous ?
L’objectif de Pépins production basée à Paris est d’accompagner de manière responsable le processus de végétalisation en ville, au tout début du cycle de la plante.

Pour cela, on développe des Pépinières de quartier dans Paris, où l’on produit de jeunes plantes rustiques et diversifiées avec et pour les habitants du quartier.

On y sème des graines reproductibles, on y bouture et multiplie des plantes vivaces dans du substrat issu des déchets de la ville. Et puis on prend le temps de se rencontrer et d’échanger des outils et des connaissances.

Puis vient le printemps, et nos jeunes plants sont dispersés par nos adhérents sur les rebords de fenêtre, au pied des arbres pour faire de la ville un jardin…. C’est à la fois poétique, écologique et aussi économique. Car c’est une vraie filière de production locale responsable et circulaire que l’on veut créer, tout en éveillant à la formidable variété du monde végétal.

A quoi sert la campagne et comment fonctionne-t-elle ?

Nous avons choisi de concevoir cette campagne comme une campagne de préventes avec des contreparties qui ont été dimensionnées à un juste prix.  Elle permettra ainsi à Pépins production de pré-financer une partie de sa deuxième saison de production (comme le principe d’une AMAP) et d’investir pour le développement de ses pépinières de quartier.

Alors, aidez-nous à faire pousser des plantes et du lien en plein cœur de Paris et participez à la campagne sur Ulule jusqu’au 28 janvier !

– Pré-commandez vos plants pour vos terrasses jardinières, ou celle de vos amis,
– ou faites
un don,
– ou relayez  notre campagne auprès de vos connaissances et sur les réseaux sociaux  !

Votre coup de pouce pour une belle pousse, c’est par ici :
https://fr.ulule.com/pepins-production

MERCI !

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Derniers instants de l’année

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Cynorrhodon

Laisser doucement le jardin mourir à lui-même.
Laisser la vie être jusqu’au dernier soupir.
Laisser faire sous nos yeux l’assèchement des peaux chlorophylles, la dépigmentation, le dépérissement.
Ne pas soustraire si vite de notre regard le « vieillissant », le « en train de mourir », le « déjà mort ».
Faire face à la vie végétale qui se retire. Laisser venir la nature morte.
Sans la mettre en spectacle, la laisser pourtant aller jusqu’au bout.
Car au bout, les derniers fruits suspendus sont un spectacle.
Car aussi, protégé sous ses peaux mortes, le végétal vivace se prépare ainsi déjà à mieux renaître.

 

A vouloir laisser le jardin sur pied à l’entrée de l’hiver, il y a peut-être, au fond, encore autre chose… la difficulté pour le jardinier de se résoudre à tailler dans le paysage de l’année, comme la passiflore retient les jours passés en s’agrippant à la dernière feuille du kiwi.

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Mais ce sera sans compter la venue de l’hiver…

Celle-ci atteindra-t-elle à temps la lumière ?

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Ultime dahlia

 


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Rencontre avec l’hévéa, l’arbre qui parle de la vie

A l’autre bout du monde, j’ai rencontré l’hévéa.

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Celui de l’Exposition coloniale d’Eric Orsena, de l’Amant de Marguerite Duras, d’Indochine de Régis Warnier… Celui qui fait rêver à l’Extrême Orient… Rencontre sensuelle de deux civilisations, rencontre érotique de deux amants dans un climat liquide, rencontre organique, main à écorce, de l’homme et de l’arbre.

Mais depuis que quelqu’un a découvert son secret (dès l’âge précolombien) et inventé les techniques modernes de son exploitation (Charles Goodyear en 1839), l’hévéa est un arbre mis en esclavage, avec la chaine collier autour de son cou, la saignée qu’il subit, parfois à différents points de son écorce en même temps. C’est aussi l’arbre pointé du doigt d’appauvrir la biodiversité à force d’avoir détrôné la grande variété végétale sacrifiée, à la place de laquelle s’ancrent désormais ses racines pour des profits économiques. Il a pourtant meilleure presse depuis qu’il commence à supplanter le teck dans la production de mobilier. La Thaïlande et la zone de Pukhet sont les territoires clefs de la production d’hévéa, qui fait aussi vivre beaucoup de petits producteurs.

Et puis je me suis approchée de l’hévéa. Arbre élancé sans épaisseur, futaie élevée et à clairevoie, feuilles trop inatteignables pour bénéficier de leur couvert, de leur tintement ds le vent.
Ce sont les marques sur son tronc quelconque qui m’ont touchées.
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Scarification sur une peau de bois, par le geste précis d’une gouge tranchante, une balafre creusée sur la demi lune du tronc. De la blessure, un sillon de vie qui s’écoule lentement et rythme le temps, marque le passé, intensifie le présent. L’hévéa est à fleur de peau. Une coupure, et son latex affleure. Son latex, c’est sa fleur (les autres, les botaniques, sont bien trop haut perchées). Dans le petit pot accroché en collier solitaire, le présent goutte en blanc. De la ligne d’écorce qui manque, sur le liber à nu, se mesure le passé qui prend de l’épaisseur de semaine en semaine, de balafre en balafre. Mais longtemps après, le passé se cicatrise, la mémoire se brouille et s’amalgame dans le présent qui reprend sa place en une nouvelle peau guérie, au grain plus épais. Une peau à nouveau fertile à d’autres expériences de vie. L’afflux du latex sera le fruit de sa réminiscence. S’il respecte le rythme de sa résilience naturelle, le travail du jardinier-exploitant pourra alors recommencer. L’hévéa nous parle de la vie.

Dans la plantation, l’histoire du travail d’extraction se lit à la verticale, au dégradé des peaux de bois sur les troncs debout, en couches archéologiques. Peut-être, le jardinier exploitant y relira-t-il aussi ses propres tranches de vie, prendra-t-il plaisir à y retrouver, au toucher, un événement précieux…

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L’hévéa sous toutes les coutures

Botanique de l’hévéa
L’hévéa, Hevea brasiliensis originaire d’Amazonie (rapporté clandestinement du Brésil en Angleterre à la fin du XIXè avant d’être implanté au jardin botanique de Singapour), appartient à la famille des euphorbiacées qui se compose de près de 2000 espèces.  L’hévéa est de la même famille que ces euphorbes sauvages ou que l’on installe pour leur rusticité dans nos jardins (ex : euphorbe characias) et qui libèrent aussi ce liquide blanc toxique. Le latex est différent de la sève ; celle-ci assure la distribution de l’eau, des sels minéraux ou des sucres alors que le latex est plutôt impliqué dans les mécanismes naturels de défense de l’arbre. Il circule dans un réseau distinct de vaisseaux : les canaux laticifères. Comme la résine, il suinte lors d’une blessure de la plante et forme en séchant une barrière protectrice.

Culture de l’hévéa (informations recueillies auprès d’une famille de petits producteurs, dans la région de Pukhet) :
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La gouge de l’hévéa

Dans la fraîcheur du petit matin, on trace avec la gouge un sillon par jour et le latex s’écoule pendant près de 3 heures. Il faut remplir 3 pots pour produire 1 kg de latex, qui sera vendu à la coopérative locale au prix actuel de 35 bath le kg (1 euro environ). 6 jours seront nécessaires pour produire un kilo de caoutchouc. On commence la saignée sur une demi face du tronc à une hauteur de 1,6m et on descend jusqu’en bas, on attaque ensuite l’autre face du tronc pour  laisser l’écorce cicatriser avant de recommencer. On lui accorde le repos en février lorsqu’il perd ses feuilles et pendant la saison des pluies, car l’eau viendrait diluer le breuvage. L’exploitation du latex commence quand l’arbre atteint ses 7 ans. A ses 25 ans, il est coupé pour faire des meubles.


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Dès demain : faîtes naître un jardin dans la rue…

Avis aux bricoleurs, jardiniers et bonnes volontés !

Jardin en construction : jeunes pousses de pépins prod à la conquête de Paris

A deux pas du jardin du passage et de la place clichy, demain, un autre jardin des possibles va émerger en pleine rue.

Ce jardin posé dans une rue de pavés, à l’initiative d’un collectif d’habitants issus de plusieurs copropriétés, annonce l’émergence d’un esprit de quartier.
Ce jardin conseillé et réalisé avec et par Pépins production, l’association qui crée des Pépinières de quartier dans Paris (dont je participe au développement), offre l’espérance d’une biodiversité stimulée.
Ce jardin construit avec nos mains, notre enthousiasme, notre envie de partager et transmettre, est dessiné par des plantes produites en Ile de France et de manière responsable.
Ce jardin sera aussi un lieu de multiplication des végétaux, comme une autre petite pépinière en plein Paris, dans l’esprit du projet porté par Pépins production.

Ce jardin voit le jour grâce au financement de la mairie du 18ème arrondissement dans le cadre de son opération « Végétalisons le 18è ! »

Près de 60 contenants à assembler, à habiller de bois et de treilles, à combler de plantes produites en Ile de France et de manière responsable. Un beau défi !

Deux week-ends de chantier : 29/30 octobre et 5/6 novembre // face au 13 rue Capron, Paris 18è

Le chantier réunira habitants du quartier, sympathisants et adhérents de Pépins Productions.
Vous aussi, venez participez, nous encourager ou seulement regarder.

> Samedi et dimanche 29/30 octobre de 10h à 17h : préparation du chantier, bricolage (découpes et assemblages des planches, peintures, treilles).
> Samedi et dimanche 6 novembre de 10h à 17h : installation des bacs, de la terre et des plantes sélectionnées par Pépins production
Outillage mais aussi cakes et gâteaux bienvenus !

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Prendre le parti de la lutte biologique… au jardin

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Araignée d’automne

J’ai passé les deux dernières semaines dans une certaine fébrilité. Ce ne sont pas les débats de la primaire de droite, combat de coqs plutôt que débat d’idées pour l’avenir de la France, qui m’ont mis dans cet état, mais le parti que j’ai pris de la lutte biologique pour l’avenir du jardin du passage.

C’est que, dans le bac à légume de mon frigo, j’avais sous ma responsabilité quasi l’équivalent de la population française… en vers microscopiques : 55 millions de nématodes y dormaient de froid, dans l’attente des meilleures conditions de leur libération pour dévorer les otiorhynques, larves du charançon ravageur.

« Des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous… »
Depuis le printemps, une petite troupe silencieuse, en possible expansion, s’est attaquée aux feuilles de certains végétaux du passage. Point de salut pour la jeune feuille fraiche de vigne vierge, du delphinium, mais aussi celle plus coriace du rosier, du chèvrefeuille, de la sanguisorbe, du kiwi : le poinçonneur du soir se reconnait à la chirurgie irrémédiable qu’il opère la nuit venue en perforant les extrémités des peaux végétales, freinant globalement le développement de la plante. Le charançon, une recrue à fort rendement pour les effectifs de la Ratp d’antan, celle d’avant l’époque du pass navigo, poinçonne-t-il aussi les feuilles des Lilas ?

Une chasse épidermique
J’ai longtemps cru qu’il n’y avait que mes mains pour éradiquer ces carapaces noires, la nuit, à la frontale, en prenant à revers leurs perfidies. Car le charançon est fourbe : il faut savoir regarder sous les feuilles pour le démasquer et le prendre d’un geste sec, ferme et assuré. Au moindre mouvement de feuille, il se laisse tomber et fait le mort, espérant échapper à la vigilance de son prédateur jardinier. Ariane, autre chasseresse nocturne était plus courageuse que moi. Mes premiers prisonniers, glissés dans l’emballage carton d’une plaque de chocolat qui bruissait de leurs pattes et de leurs antennes, s’évadaient parfois par l’encoche de l’enveloppe dans le fond de ma manche. Brrr… quel dégoût. Plutôt que de les envoyer dans le jardin du voisin, il ne me restait que l’assurance de leur fin définitive, par le craquement final d’un coup de semelle sur le pavé… Pas d’autre trace le lendemain que celle de la crotte d’escargot, vautour efficace du cadavre de charançon. Aïe, voilà que je contribuais indirectement à la subsistance du gastéropode….

Wanted !

 

A part un improbable lâcher de gallinacées venant gratter la terre dans les bacs et piquer du bec les carapaces voraces, comment venir à bout de ces insectes qui ne cessaient de se montrer durant mes balades nocturnes ?

Le danger est aussi souterrain
J’avais aussi appris qu’un danger plus important encore pouvait menacer les plantes du passage: la ponte de l’otiorhynque, bien nichée dans les racines des végétaux, peut atteindre 800 œufs par insecte ! Non contents de savourer les textures chlorophylles, la famille charançon épuise aussi la plante par ses larves blanches qui dégustent ses racines au printemps suivant avant d’atteindre l’âge adulte (rappelez vous la sauge ananas, la jeune hellébore contrariée l’hiver dernier dans Trilogie dans un jardin. 1. Préparer). C’est sans doute à ce stade de sa croissance que le charançon a fait son entrée dans le passage, bien lové dans le godet d’une jeune plante offerte au jardin.

La lutte biologique, ça ne s’improvise pas
Sans pouvoir s’attaquer à la poule qui fait l’œuf, il fallait tuer la vie dans l’œuf. C’est alors que l’on m’a orientée vers le monde passionnant de la lutte biologique. Pratiquer la lutte biologique signifie recourir aux prédateurs naturels des parasites. Cette pratique, utilisée par le monde agricole dès la fin du XIXème siècle, puis interrompue par l’arrivée de la lutte chimique, a été plus récemment stimulée par une recherche scientifique offrant de nouvelles perspectives.

L’histoire de la lutte biologique est grosso modo celle d’une prise de conscience de la complexité des phénomènes en jeu et d’allers et retours fructueux entre les progrès des pratiques – au départ empiriques – et les avancées des théories bâties par les zoologistes puis par les écologues pour expliquer les insuccès et parfaire l’efficacité de la lutte.
Courrier de la Cellule Environnement de l’INRA n° 15, P. Jourdheuil, P. Grison et A. Fraval

Heureusement pour moi, le prédateur de l’œuf de l’otiorhynque avait bien été identifié.

Un prédateur bien ciblé
On me présenta Heterorhabditis bacteriophora, le prédateur de la larve du charançon. Ces nématodes spécifiques sont des vers microscopiques (invisibles à l’œil nu) qui parasitent et tuent les larves d’insectes vivant dans le sol. Leur action étant spécifique, ils ne risquent pas d’éradiquer d’autres populations ou de dominer le jardin de leur présence (contrairement à la coccinelle asiatique Harmonia axyridis, abusivement introduite en 2004 pour lutter contre la prolifération des pucerons, car on découvrit finalement que son alimentation n’était pas spécifique mais diversifiée, lorsqu’elle croqua ses congénères les coccinelles européennes).

Attention vivant !

Parce que l’on introduit du vivant, l’opération est par nature fragile et n’est pas garantie de succès. Il y a avant tout une responsabilité à limiter les pertes, à respecter cette vie confiée, auxiliaire de l’homme.

Aussi, pour espérer réussir, il est nécessaire d’intervenir sous certaines conditions  :
une dispersion des micro-vers après la période de ponte des charançons (septembre), une température du sol encore supérieure à 13°, une humidité suffisante pour permettre aux vers de se déplacer, mais non excessive, pour éviter leur évacuation naturelle par le trou des contenants. Pendant toute l’opération de dispersion, le mélange doit toujours rester en suspension. Une main à remuer, l’autre à remplir et disperser les arrosoirs dans les 70 contenants en une heure de temps :  la dernière condition est donc solliciter de l’aide ! Une nécessité qui invite à partager aussi l’aventure du jardin, et pas seulement ses récoltes.

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Fidèle au poste…

55 millions de nématodes dans un petit sachet
« On dirait du smecta »réagit Anthony, le premier à arriver sur les lieux de la lutte, tandis qu’une petite pluie fine fait briller les pavés du passage. Un sachet de poudre beige, argile et nématodes mêlés… en somme, un sachet de flore bactérienne pour rétablir l’équilibre de l’écosystème du passage ! Un verre doseur, deux arrosoirs, un bâton pour maintenir la vie en mouvement dans le récipient mère, en seulement une heure top chrono.  « Tu es sûr que tu as bien arrosé là ? allez j’en remets un p’tit coup. » Qui trop embrasse mal étreint… Espérons qu’à vouloir trop bien faire, on n’aura pas jeté le bébé avec l’eau du bain : que les nématodes microscopiques ne gisent pas déjà sur le pavé, écoulés du fond des pots par un trop plein d’eau … Au mois de mai prochain, on saura bien si ils ont fait un bon festin.

Pourvu que la formidable puissance et les richesses encore inexplorées des organismes vivants comme auxiliaires de l’homme soient utilisées avec grande sagesse, au seul service des cultures et des écosystèmes…  A l’échelle humaine, il est, pour certains, tellement tentant de considérer l’autre comme un parasite.

 

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Pour les particuliers, où s’adresser, où se procurer insectes et phéromones :
La maison des insectes
02 40 33 79 17
contact@lamaisondesinsectes.fr

 

 

 


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Un jour vient l’automne

lilas1_avUn jour vient l’automne, et d’un seul trait de couleur, tout le poids du labeur est allégé.

Dans le jardin du passage, le plus abaissé d’entre eux a envoyé un signe…. Exposé au centre de la place, le lilas des indes avait perdu l’attention des passants. Sa belle chevelure verte et gominée par les pluies de juin, pourtant sous surveillance, s’était mise en berne au beau milieu de l’été d’une soif indécelable, asséchée par la chaleur du soleil, les vents déshydratants.  Elle attirait même mesdames les mouches, messieurs les pucerons gloutons et les coccinelles asiatiques. L’arbuste s’était alors muré dans son silence à lui, son refus de fleurir, tombant dans l’oubli, dans l’indifférence des regards, même.

Et puis, un lundi d’octobre, il envoya un signe magnifique. Cela était venu d’un coup :  cherchait-il à attirer mon attention, à me faire lever à nouveau les yeux vers lui ?

Le lilas des indes avait déployé une parade inattendue, comme l’oiseau-lyre dévoile le revers de ses plumes cachées. L’arbuste s’était fait impressionniste, maître de couleurs bien juteuses : à la fois rouge grenade, cerise, orange carotte, mandarine, abricot. Dans la palette flamboyante de sa tignasse, restait pourtant une étonnante mèche verte. Effet de style ?… A la faveur d’un climat plus clément, la jeune tomate plantée à ses pieds, s’était finalement épanouie et hissée dans ses branches charpentières pour atteindre sa canopée.

Un jour vient l’automne, et, un seul trait de couleur, comme un merci adressé par la plante, donne à la jardinière le cœur de recommencer.

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