jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.

Y aura-t-il des pommes à Noël ?

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Il était Akane, le petit pommier. C’était son troisième printemps. Il était prêt : de sa posture naturelle, un beau port de danseur immobile, il accueillait maintenant franchement la lumière à branches grandes ouvertes.

Ses premiers bourgeons floraux apparurent quelques jours après l’équinoxe de mars.
Boutons potelés, à la peau de nourrisson, roses de la timidité de se montrer au monde.
Le 12 avril, à la chaleur d’un printemps étonnant, une vingtaine de petits bouquets de fleurs blanches ornaient le jeune arbre à chacune de ses extrémités. Bijoux de papier délicatement fripés. Frêle Akane, maintes fois couronné, roi du jardin printanier. Au cœur du passage, Akane le petit pommier n’avait rien à envier au célèbre cerisier !

boutons roses

Mais… qui l’avait vraiment distingué parmi la lumineuse constellation des étoiles blanches et odorantes de l’oranger du Mexique, épanoui à ses pieds ?
Planté là, ce dernier devait, de ses feuilles persistantes, habiller pendant l’hiver le fruitier, alors tout dénudé. Puis, Akane le petit pommier se couvrirait et raviverait le passage de sa floraison précoce. Mais… voilà que de ses éphémères attributs, l’oranger du Mexique était entré en rivalité : tous deux fleurissaient de blanc en même temps ! La jardinière en avait le secret regret ….

Le 20 avril, les pétales du pommier avaient soupiré. Les étamines encore debout attendaient fièrement la fin. Pour quelle faim ?

soupirs

Laquelle des fleurs aura été assez séduisante, pour aider à renforcer le petit pédoncule porteur de rondeur ? Du doigt, je pousse doucement de temps en temps ce cordon ombilical orné d’un joli gonflement pour tester la résistance… De la pluie, du vent, d’un geste inattentif,  il en restera trois.

Trois fruits ! C’est sa première fois et c’est déjà beaucoup pour Akane le petit pommier. Alors je tourne autour des trois petites pommes d’abord oblongues comme des poires.
Vertes dans le foisonnement végétal qui s’est développé tout autour, les pommes, cachées sous leurs feuilles, restent invisibles aux passants. Ainsi, préservées. Mi-juin, elles prennent une à une belle forme ronde, tenant de mieux en mieux au creux de ma main. Mais, ton sur ton dans le feuillage, encore Granny Smith, les Akanes n’avaient toujours pas été remarquées….

verte

Quand, la veille du 14 juillet et du lever des couleurs, les pommes commencèrent doucement à se farder. Les passants découvrirent alors vraiment Akane le petit pommier, roi du jardin de l’été.  Trois pommes, trois belles gouttes rouges suspendues dans le jardin vert, veillées jalousement maintenant par les habitants qui les croisaient du soir au matin. La plus précoce avait rougeoyé sur presque toute sa surface. Restaient sur sa peau, seulement deux petites ombres jaunes, celles portées par ses deux feuilles parasols.

goutte rouge

 

A la fin de juillet, leur poids firent ployer les souples branches du petit pommier danseur, le faisant s’ouvrir et s’étirer, tenant du bout des doigts une pose gracieuse mais acrobatique. Le petit pommier vivait pour la première fois le mouvement. Il se laissait conduire par ses fruits. Ses doigts-pédoncules étaient cet extraordinaire étroit et puissant lien de vie entre l’arbre et son rubis.

pose.jpg

Le 11 août, je leur fis mes adieux avant de m’éclipser pour 3 jours de repos estival.

Au retour, mon premier regard fut pour Akane le petit pommier et ses trois pommes précieuses. Ciel, il en manquait une ! La plus flamboyante, la plus appétissante.
Que faire, en plein milieu de l’été ? Laisser les deux autres au vent de la tentation ou les cueillir maintenant pour les partager plus tard en mille quartiers ? L’une fut offerte en cadeau d’adieu qui consola des voisins sur le départ. Je gardai la dernière en un endroit sûr, sec et sombre pour la croquer à plusieurs à la rentrée. Mais, sans ses pommes, Akane le petit pommier s’était comme retiré du jardin.

A la fin de l’été, nombreux vacanciers s’enquirent des trois pommes. Ils ne reconnaissaient plus le pommier. C’est que, allégé de ses joyaux, le danseur avait perdu la pose et retrouvé son équilibre. On avait oublié sa silhouette première.
Il fallut bien avouer le larcin et la mise en lieu sûr. Je jetai alors un coup d’œil dans le cellier improvisé : ciel ! la belle pomme à peau douce et fruitée était devenue… blette.
Adieu, veaux, vaches, cochons, couvée !  Akane était une pomme précoce et de courte garde. Point de Fête de La pomme pour la rentrée au passage…

blette

L’oranger du Mexique en fut si marri qu’il fut pris d’une étrange maladie. Tant et si bien qu’il fallut lui rabattre ses branches.  Mais… figurez-vous que depuis deux jours, Akane le petit pommier est en fleur ! Deux fraîches éclosions automnales, deux éclats blancs dans le jardin d’automne. Et si c’était une nouvelle chance… Y aura-t-il des pommes à Noël ?

Il était Akane le petit pommier qui n’avait pas encore la fleur de l’âge mais avait donné ses trois premières pommes à la saveur inconnue. Il était un oranger du Mexique qui, à la réflexion, n’avait pas concurrencé Akane le petit pommier, mais qui par sa constellation fleurie avait été son compagnon inattendu de pollinisation. Alors la jardinière n’avait plus du tout son secret regret et espérait bien que l’oranger du Mexique survivrait… Sans lui, y aura-t-il des pommes à Noël ?

fleur automnale

 

pomme

 

 

 

 

 

 

 

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