jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.


Poster un commentaire

Il était un jeune loup…

Lors de l’un de mes affûts végétaux,

Sous la voûte étoilée d’un oxalis papillon
papillon de nuit2_AV

J’ai vu ce jeune loup fou, plein d’appétence pour la vie,
chevreloup_AV

échappé de sa meute tirant derrière elle le traîneau de printemps.
meute_AV

Le chèvrefeuille se pourlèche les babines pour les belles plantes juvéniles et craquantes qui affirment leur profil… Elles le feraient bien devenir vraiment chèvre.

Gracieux thalictrum. Son allure est sans doute la plus romantique d’entre-toutes. Pas pulpeuse, non. Taille fine et élancée. Discrète, peut-être parce qu’elle pousse dans l’ombre et charmante dans son épanouissement organique, depuis l’aisselle des feuilles de sa tige. Une silhouette pleine de fraîcheur : vaporeuses, les feuilles, comme plus tard aussi son brouillard de petites fleurs douces et rondes qui exploseront de la jeune grappe émergente.

 

Aperçue pour la première année dans le passage, l’aegopodium podagraria a longtemps voulu se faire prendre pour une autre, sa jeune inflorescence bien calée dans les larges feuilles de l’anémone du japon. Elle se cherchait peut-être une personnalité sophistiquée, originale, cette ombellifère dite commune. De bonnes averses orageuses ont eu raison de son travestissement. Malgré elle, son cou s’est allongé et les baleines de son ombrelle de dentelle délicate se sont ouvertes. Voilà l’herbe des goutteux démasquée, elle n’a plus les moyens de se cacher. Elle en aurait d’ailleurs bien tord, elle qui devait posséder des qualités thérapeutiques pour soigner la goutte et qui se révèle un des meilleurs légumes sauvages (d’après l’éthnobotaniste François Couplan). Le jeune loup chèvrefeuille  pourrait même contenir ses ardeurs en y reconnaissant l’une de ses congénères : aegopodium vient du grec aix, chèvre….

Egopode des goutteux_AV

Egopode des goutteux

 

La crosse florale de la première phacélie à feuille de tanaisie s’est déroulée. Sa tête lavande dotée de multiples antennes (les organes de la fleur) semble entièrement aux prises avec le monde. Et ce n’est pas qu’une impression : la phacélie ne joue pas avec ses apparences. Engrais vert enrichissant le sol à l’automne, elle est surtout nectarifère et sait aussi attirer les insectes qui se délecteront des pucerons alentours. Et il y a du travail cette année ! Une seule tête n’y suffira pas. J’attends l’éclosion des autres fleurs au pied du pommier pour un effet champ lavande en plein Paris. Car avant toutes ces qualités, c’est la beauté de la surface bleutée dans le Parc des Beaumont des Hauts de Montreuil, semée par le Sens de l’humus en 2015, qui m’a inspiré cette nouvelle plantation.

 

Mais le jeune loup fou s’est trouvé un rival qui a sorti ses crocs matures avant lui. Pas pour une tendre fleur, mais pour un bois bien ferme. La jardinière a dû user à regret du tranchant de son coupe-branche pour démembrer l’acer palmatum si graphique et aérien qui offre au bout du long passage sa respiration verticale. Mourante, une de ses branches charpentières n’avait pas laissé s’ouvrir les jeunes bourgeons formés dès la fin de l’automne. La ligne de vie stoppée gisait à l’horizontale dans ma main. Je me retins à temps d’y planter les crocs de mon outil pour la réduire en fagot. Et la belle branche ramifiée trouva in extremis une nouvelle place dans le jardin. …Toujours prendre du recul avait martelé le professeur de taille de l’Ecole du Breuil. Il s’agissait alors de porter le regard sur le sujet vivant. Dans ma main, le beau morceau de vie passée avait su capter mon regard.

croc metallique_AV

 

 

 

 

Publicités


Poster un commentaire

Sous la marquise

pluie sur la mareSous la marquise, je regarde la pluie qui tombe à gros points fermés, à point nommé.
Le plaisir du jardinier. Les arrosoirs sont au repos. La pluie délasse les jeunes chevelures assoiffées avant de les gargariser. Effet volume garanti. Il était temps. Les premiers jours de mai, secs, doux et ventés avaient déjà épuisé les réserves d’eau au pied des plantes en bac. Et la grande poussée végétale s’était, un jour, trouvée empêchée d’avancer. Elle avait commencé à se flétrir comme une vieille dame avant même d’avoir goûté sa jeunesse. Avaient suivi de grands bains d’eau de Paris à l’huile de coude.

fleur larme man ray

Fleur d’Akane  à la Man Ray

La pluie a cessé.
Akane, le pommier, a dû pleurer pendant la pluie. Sans doute pour que sa tristesse reste discrète. Pourtant de belles larmes blanches trahissent sa peine, recueillie par les feuilles de l’oranger du Mexique compatissant qui, de quelques jours son ainé, avait déjà connu l’envolée de ses fleurs odorantes. Car le cadeau de ce printemps, c’est qu’Akane, le pommier, a donné ses premières fleurs ! Discrets boutons roses camouflés dans leur enveloppe verte devenant lumineux pétales blancs aux étamines fardées qui font penser aux yeux de « Larmes » de Man Ray. Promesses de pommes. Une nouvelle aventure de jardinier….

 

larmes Akane

Consolations

Je suis des yeux la chute des larmes blanches d’Akane qui jonchent aussi le pavé et flottent encore quelques instants dans la bassine en zinc avant de sombrer. La tristesse passagère m’aurait aussi emportée, si un léger mouvement d’eau n’avait attiré mon attention.

 

Au beau milieu de la mare, se tient une petite coquille à antennes juchée sur la première feuille ronde et tremblante du jeune nénuphar. Une barque cuivrée, précieux camouflage. Voyageur piégé par la montée des eaux ou par la gourmandise ?  Piégé ? je m’installe dedans la bassine et je regarde. Le jeune escargot, funambule sur le fil de la membrane végétale, avance gaillardement, mû par le parfum frais de la chlorophylle mouillée. Bien agrippé de toute sa bave, il emporte avec lui, dans son mouvement, la feuille qui le soutient en direction de la rive. Le jeune escargot retient au passage que la feuille de nénuphar est décidément une bouée bien pratique, avec ses longues tiges aquatiques reliées à son rhizome ancre, comme une longue laisse qui donne du mou. Terre ! terre ! Les antennes en éveil, il faillit de faiblir devant la tentation d’un plumeau croquant. il détourne le cou et poursuit sa route. Là bas, une étroite passerelle lui tend la perche… Attendrie, la jardinière ferme les yeux sur la suite de sa course. Celui-ci ne rejoindra pas ses congénères imprudents, là-bas, dans le buisson de lierre du terrain vague.

 Le voyage de l’escargot
(surpris à la tombée du jour dans sa route
par l’appareil photo d’un mobile, piètre qualité).


Poster un commentaire

Descends ta jardinière, 2è édition !

Envie d’installer la nature à votre fenêtre ? J’ai ce qu’il vous faut !

Samedi 21 mai, « Descends ta jardinière » : venez passage de clichy préparer ou compléter votre petit jardin de fenêtre ou de pleine terre en puisant parmi l’étal des jeunes plants de Pépins production semés à Paris : fleurs et feuilles vivaces, petits légumes, aromatiques…  ou en partageant vos graines et vos trouvailles.

« Descends ta jardinière », c’est sur place ou à emporter. On garnit ses jardinières au calme sur les pavés du passage ou on vient faire son marché. N’oubliez pas d’adhérer dès maintenant à Pépins production sur hello asso. On vous attend nombreux !

Descends_ta_jardinière_mai16

 

Pot pourri de la première édition de « Descends ta jardinière »…. les jardinières dans la rue….

Diapositive1

 

…. Une 2ème chance le 22 mai à la Pépinière de Fleury (20 rue Le Vau, 20è)  pour La grande évasion de printemps : la dispersion des plants de printemps de notre pépinière, produits avec et pour les habitants lors de nos premières campagnes de semis, à l’occasion d’une vente festive aux habitants du quartier et aux parisiens !