jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.

Trilogie dans un jardin. 1. Préparer

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15 avril 2016. Et voilà, je suis prête. Mais est-on jamais assez prêt pour honorer le nouveau cycle de vie qui s’ouvre ?

D’abord préparer et panser, avant d’accueillir.

Petit retour en arrière.
A l’automne, j’ai remercié la terre, flétrie et tannée de tant de chaleur et de sollicitations, en l’abreuvant du jus noir du lombricomposteur. Corsetée dans les auges en pierre, la terre du passage doit bien être aidée à se régénérer.

coquelicots saint denis_AV

Champ de coquelicots, Saint Denis, 28 novembre 2015

Au même moment, d’autres plaies, elles très vives, se pansaient par l’hommage rendu aux Invalides aux victimes du 13 novembre, tandis les représentants des communautés religieuses du monde (chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindouistes..) se rassemblaient dans la basilique Saint Denis pour mieux porter, dans la force de leur spiritualité rassemblée, les négociations de la COP 21. L’installation du champ de coquelicots devant la basilique (projet participatif artistique autour de la récupération avec 2degrés dans le cadre de Art COP21) avait une résonance poignante. Les coquelicots, plantes messicoles qui sortent de terre lorsqu’elle a été remuée, aussi associés à la mémoire des soldats de la première guerre disparus dans la terre remuée de la Somme, offraient leur rouge ambivalent, celui de la blessure et de la fête.

 

J’ai laissé intacts, jusqu’après la fête de la Saint Nicolas (l’occasion du rituel bon vin chaud dans le passage), les végétaux moins vigoureux mais encore animés, qui vêtaient les façades et les grilles, avant de me rendre à l’évidence : le vert s’était terni, les longues tiges devenaient de lâches ficelles… Finalement la vie se retirait ou se mettait en dormance. Il fallut se résoudre à taillader la toile du tableau 2015.

Alors, ôter les feuilles mortes et les tiges mourantes des annuelles (courges, tomates…), et les déposer en offrande nourricière (sans les malades), en place du pied qui les avait portées.

Alléger, éclaircir aussi certains arbustes, sans les défigurer, dans une taille de transparence, après avoir lu et relu « La taille raisonnée des arbustes d’ornement » de Pascal Prieur et suivi le cours public de la taille des arbustes d’ornement à l’Ecole du Breuil. Surtout, opérer branche après branche et, pour chaque geste de taille, prendre du recul, regarder la silhouette de la plante, son équilibre.

Puis pelotonner les pieds contre les engelures, dans une belle couverture d’hiver de paille lumineuse (je vous en ai déjà parlé). Moi, rien qu’à la regarder tous les jours, elle me réchauffait, cette paille ! Les bacs du passage ressemblaient maintenant aux crèches des étables.

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Observation d’un fruitier palissé avant taille, clos de Patrick Fontaine, Montreuil

Ce n’est que fin février que j’ai timidement attaqué la taille de mes jeunes fruitiers, les deux pommiers et les pieds de vigne, après avoir lu et relu et comparé le « Manuel de taille douce » d’Alain Pontoppidan et « L’art de tailler les arbres et les plantes » de Georges Truffaut et Pierre Hampe … et après avoir rendu ma visite biennale à Patrick Fontaine, qui partage insatiablement sa pratique de la taille des fruitiers palissés de son clos des murs à pêches de l’impasse Gobetue à Montreuil. Derrière la taille, c’est en fait au fonctionnement des énergies internes de l’arbre auxquelles je me familiarise.

J’aime le port naturel de l’arbre, alors je fais à mon idée, riche de toutes ces pistes.

C’est à ce moment-là aussi que j’ai charpenté et taillé les rosiers sur leurs grilles porteuses. J’ai enfin étêté les vieilles fleurs des clématites devenues plumeaux, pour mettre un peu d’ordre dans l’enchevêtrement des tiges ligneuses éteintes en apparence, sans savoir lesquelles tailler. Le lilas des Indes fut le dernier à subir sa coupe annuelle. Couper tard, juste avant la repousse, pour laisser l’arbuste à l’écorce cannelle le moins longtemps tête nue, ce qui jetait alors un froid dans le passage.

Malgré ces étapes, à la fin de l’hiver, le passage-jardin baignait encore dans un halo vert, qui se relança même, dans la douceur, jusqu’au coup d’arrêt de la fin janvier. Certaines plantes caduques portaient toujours leurs feuilles (akébia, fuchsia, salvia amistad, rosiers, cerfeuil). Les betteraves et les blettes à carde jaune étaient resplendissantes. Au milieu d’elles, le camélia, de ses intarissables pompons roses, fut la curiosité de presque deux saisons.

Une jeune hellébore resta en son unique bouton qui bouda tout l’hiver. Une contrariété ? Dans le même environnement proche se tenait la sauge ananas qui avait peiné tout l’été. Je plongeai dans leur sol, et, sous les profondeurs, nichées dans les racines, je découvris une myriade de grasses larves blanches de charançon qui paissaient sans effort. Je dus renoncer à épouiller les cheveux racinaires, la terre. Il fallut renouveler tout le substrat, dénuder les racines épuisées puis les praliner et leur donner une nouvelle chance…

Fin de l’hiver. Fin de la préparation.

proteger la terre_AV

Veillée pour la terre, 11 décembre 2015, rue de Vaugirard

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