jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.

Le bon temps du printemps

1 commentaire

jeune gingko_AV

Renaissance

Promenade de printemps au passage…

Le bourgeon est le pinceau de son devenir.

Délicat déploiement de feuilles, origami minutieux à rebours. Qui a si savamment et finement plié, en ces minuscules bourses, le grand costume végétal qui va pousser, s’étirer, s’ébattre au grand air, le tissu encore tout fraîchement repassé ?

Les feuilles de charme (Carpinus) ouvrent leurs ailes comme de jeunes oiseaux qui s’exercent au vol. Il leur faudra attendre l’automne.

Le bourgeon apical des deux petits marronniers (Aesculus hippocastanum), fils d’une araignée ? D’abord pris dans sa gaze de nouveau-né comme une camisole de fils de soie, il est ainsi gardé bien entier jusqu’au moment de son émancipation. C’est en ombrelle qu’il s’ouvre alors.

En avril, la consoude (Symphitum) déploie tous ses charmes, comme pour attirer l’attention et dire quelque chose. Consoude bleue, consoude rose : avril donne le ton. Grappes de petites corolles fixées sous leur feuille, en boucles d’oreilles à croquer. Couleur fruit des bois. Framboise, virant bleu puis blanc. Myrtille, virant framboise. Bleu, blanc, rose. La consoude, de ses couleurs patriotiques, lance peut-être un appel : elle invite à la consolidation des fractures, qu’elle a le pouvoir d’accélérer. Le corps social a aussi le droit d’être pansé. Un bourdon ne demande pas son reste et vient téter le nectar.

La discrète jacinthe des bois (Hyacinthoide non-scripta) bleu mauve découvre craintivement un œil après l’autre sur le monde, puis un autre et encore un autre. Elle prend doucement de la hauteur et vient chercher, avec la souplesse d’un chat, l’affection de la fine branche souple de l’érable du japon (Acer palmatum) à la ramure rose et au plumage vert frais. Ils vont bien ensemble. Cela va-t-il durer ?

Au printemps, le vert est marqueur du temps qui passe. Au début du printemps, sur la ligne de vie d’un végétal au feuillage persistant, le passé et le présent avançant se donnent à voir ensemble, en un même moment. Ainsi, sur le lierre (Hedera) : en arrière-plan des feuilles aînées vert sombre de l’année écoulée viennent des feuilles fraiches et brillantes. Le vert s’exhale dans une incroyable gamme chromatique. C’est ainsi que j’ai commencé à apprécier les végétaux persistants, qui ne sont pas que le fond immobile d’un décor.

Tant de nuances de vert…les formes, les tons, les textures associées multiplient encore le champ infini de ses nuances.

A la fin de l’hiver, des créatures de la forêt ont rejoint les zones ombrées du passage. Elles se terraient jusque là. A la faveur du printemps, dans un fragile numéro de funambule, elles ont montré discrètement leur drôle de chapeau, les  fleurs des elfes (Epimedium). Ce seront elles qui porteront désormais le mystère des malices inexpliquées dans le jardin du passage.

 

 

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Une réflexion sur “Le bon temps du printemps

  1. Nous lisons toujours avec un grand plaisir tes chroniques poétiques sur les Saisons au Passage. Elles sont le fruit de tes contemplations attentives chargées de ta sensibilité. Tout cela mériterait bien d’être publié…
    Un air de fraîcheur dans une actualité plutôt morose!

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