jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.


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2. Rêve de plantes… trois pépinières + une

Suite de ma « Trilogie dans un jardin ».
Hiver – Début du printemps. Pendant le repos végétal, la jardinière se prend à rêver à demain : à penser le jardin, dans ses forces, ses faiblesses, ses manques, ses richesses…  C’est alors le temps du voyage pour rapporter du nouveau.

Douceur, pluie et soleil en alternance, un cocktail d’énergie pour la grande poussée végétale. Une envie folle de jardinage saisit les urbains comme les ruraux. Pas vous ? Vite, satisfaire son « besoin de fleurs », maintenant (même si ce n’est souvent pas encore leur moment).  Inconsciemment, se relier à la poussée printanière de vie. Répondre à cet appel-là est essentiel. Et pourtant il semble que l’on ne se rue plus dans les jardineries (Le Monde, 18 mars 2016, Les Français aiment le jardinage, pas les jardineries).

C’est peut-être qu’on a trouvé mieux : des pépinières tenues par des hommes et des femmes passionnés qui produisent artisanalement des plants rustiques, dans une approche soigneuse de l’environnement.

Moi je pars là-bas chercher des plantes et je reviens finalement avec le paysage où elles ont poussé, le jardin où elles ont grandi, la personnalité du jardinier qui les a multipliées puis élevées. Je reviens avec leur terroir, leur histoire. Alors j’installe les plantes dans le jardin. Elles deviennent miennes, mais elles viennent de quelque part. Cela change le regard.

Si possible, retenez vos envies de plantes et faites l’effort de rechercher autour de vous un petit producteur ou allez à sa rencontre sur les fêtes des plantes qui se déroulent en ce moment. Vous ne serez pas déçus ! Voici quelques unes de mes destinations de voyage : 

Morvan : Pépinière Le Jardin du Morvan de Thierry Denis

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Pépinière Le Jardin du Morvan exposant à St Jean de Beauregard

Sur le chemin de mes explorations et de mes désirs de plantes à partager dans le passage, j’ai d’abord longtemps rêvé dans le catalogue de la Pépinière Le Jardin du Morvan de Thierry Denis. L’approche du catalogue de vivaces, est de faire entrer le lecteur-jardinier dans la richesse végétale non pas seulement par ses attraits, au risque d’échouer dans ses expériences, mais par le contexte de plantation. La plante vit, la plante n’est pas un objet. Alors le catalogue éveille à l’interaction des environnements qui influencent la croissance de la plante : sa localisation, mais surtout ses relations avec les autres végétaux. Le portrait des plantes y est très imagé, plein d’humour et traduit des années d’expériences à la rusticité avec et sur la terre du Morvan. … Après avoir usé les pages du catalogue, je me suis retrouvée, contre toute attente, au milieu de ses jeunes plants, sur le stand de vente de Jardin du Morvan à la Fête des plantes de Beauregard. Vous pourrez aussi m’y retrouver pendant les Journées des Plantes de Chantilly des 13, 14, 15 mai prochains !

Oise : Pépinière Jardin Clair Obscur

Jardin Clair Obscur à Parmain

Jardin Clair Obscur à Parmain

Au hasard d’une rencontre devenue amitié, j’ai été introduite il y a deux ans au charme discret de la Pépinière Jardin Clair Obscur à Parmain, dans l’Oise. Je vous en ai déjà parlé. Sur une pente douce, une vieille maison d’abord, qui cache un jardin de sauges, de fuchsia qui s’élève vers une lisière boisée. Trois petites serres abritent les collections gélives de Thierry, passionné de vivaces d’ici et de très loin. Le jardin émerveille par son étalement de longues floraisons et de senteurs, qui se superposent au fil des saisons. La sauge, qui s’y décline en mille situations,  est une espèce à découvrir et à essayer dans son jardin. Jardin Clair Obscur sera présent au 21è Marché aux plantes de Grisy-les-Plâtres dans le Vexin, le 24 avril prochain.

 Hauts de Seine : Pépinière Patrick Nicolas

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Pépinière Patrick Nicolas à Meudon

Un matin de mars, j’ai découvert, sous une fine couche de neige, la Pépinière de Patrick Nicolas, à Meudon. Dans le dédale d’un petit quartier en pente non loin de la gare, le vieux portail vert s’ouvre sur un jardin de godets de vivaces posés à même le sol, d’où émerge une vieille maison. La production en bio de la quasi totalité des vivaces vise la sélection de plantes rustiques adaptées aux épreuves citadines, comme le stress hydrique imposé par un jardinier de balcon négligeant ou s’absentant souvent. Les sedums, sempervivums et les plantes grimpantes sont parmi ses spécialités. Il faudra y revenir au printemps…

 

 

 

Paris : Les Pépinières de quartier de Pépins production

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La Cabane Fleury – Pépinière de Pépins production, Paris 20è

Ces jeunes pépinières-là ne sont pas des découvertes. Elles sont une création, fruit d’un engagement personnel, avec quatre autres porteurs de projet (Amélie, Loubliana, Blandine et Gabe), pour accompagner de manière responsable le processus de végétalisation à Paris, au tout début du cycle de la plante.

Par son activité associative de pépinière, unique à ce jour, au coeur de Paris, Pépins production produit depuis ce printemps de jeunes plantes (aromatiques, légumes, fleurs…) locales, bio, rustiques, très variées, au plus près et avec les habitants.

La Cabane Fleury ou la Nurserie des Grands Voisins sont les deux premières pépinières de quartier de Pépins production. Dans un square avec les habitants du quartier ou sur la terrasse d’un ancien hôpital avec des hébergés en précarité, Pépins production fait germer des jeunes plantes et de belles relations dans Paris. Ces deux lieux ont fait leurs portes ouvertes aux 48 heures de l’agriculture urbaine à Paris. Retour sur l’événement….

PP_Picto_apprentissageCurieux de nature, jardiniers, rejoignez Pépins production ! Choisissez parmi les deux formules d’adhésion, « Pépin le Bref » ou « Pépin le Grand », pour vous procurer des plantes 100% parisiennes, pour participer au semis de vos propres plantes ou seulement soutenir le projet !

Adhésion  en ligne sur hello asso ou, mieux, sur les deux pépinières de quartier. Venez nous visiter et repartez avec des plantes locales, bio et rustiques pour vos jardinières !

Prochaines bourses aux plantes « Pépins production » :
– samedi 21 mai 2016 à partir de 15h : Dans le passage,  « Descends ta jardinière, saison 2 »
– dimanche 22 mai : Cabane Fleury, square Fleury.

 

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Y aller :

Pépinière Jardin du Morvan de Thierry Denis :
Thierry Denis – Le Jardin du Morvan  – La Brosse – 58370 LAROCHEMILLAY
jardindumorvan@gmail.com
La vente par correspondance est assurée du 1er mars au 31 mai et du 1er septembre jusqu’à fin novembre, voir plus selon les conditions climatiques.

Jardin Clair Obscur :
6 rue des Belles Polles – 95620 Parmain – Tél : 01 34 73 10 40
Accès facile par le RER H depuis Gare du Nord – Gare l’Isle Adam Parmain.
Accueil les mercredi et samedi entre 14h et 19h30.

Pépinière Patrick Nicolas :
8 sentier du Clos Madame – 92190 Meudon – Tél : 01 45 34 09 27- Accessible en RER C Meudon Val Fleury ou Train SNCF depuis la gare Montparnasse. Ouvert tous les vendredi de 14h à 18h et les samedi de 10h à 18h.
pepiniere.patrick.nicolas@gmail.com

Pepins_logo_GRANDPépinières de quartier de Pépins production :
Cabane Fleury : Square Emmanuel Fleury, 40 rue Le Vau, Paris 20è // M (3)  Porte de Bagnolet / M (3 Bis) / (11) Porte des Lilas / T (3b) Adrienne Bolland M (4)
Nurserie des Grands Voisins : à l’ancien Hôpital St Vincent de Paul, Paris 14è // M (4) / (6) Denfert Rochereau

 

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Trilogie dans un jardin. 1. Préparer

15 avril 2016. Et voilà, je suis prête. Mais est-on jamais assez prêt pour honorer le nouveau cycle de vie qui s’ouvre ?

D’abord préparer et panser, avant d’accueillir.

Petit retour en arrière.
A l’automne, j’ai remercié la terre, flétrie et tannée de tant de chaleur et de sollicitations, en l’abreuvant du jus noir du lombricomposteur. Corsetée dans les auges en pierre, la terre du passage doit bien être aidée à se régénérer.

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Champ de coquelicots, Saint Denis, 28 novembre 2015

Au même moment, d’autres plaies, elles très vives, se pansaient par l’hommage rendu aux Invalides aux victimes du 13 novembre, tandis les représentants des communautés religieuses du monde (chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindouistes..) se rassemblaient dans la basilique Saint Denis pour mieux porter, dans la force de leur spiritualité rassemblée, les négociations de la COP 21. L’installation du champ de coquelicots devant la basilique (projet participatif artistique autour de la récupération avec 2degrés dans le cadre de Art COP21) avait une résonance poignante. Les coquelicots, plantes messicoles qui sortent de terre lorsqu’elle a été remuée, aussi associés à la mémoire des soldats de la première guerre disparus dans la terre remuée de la Somme, offraient leur rouge ambivalent, celui de la blessure et de la fête.

 

J’ai laissé intacts, jusqu’après la fête de la Saint Nicolas (l’occasion du rituel bon vin chaud dans le passage), les végétaux moins vigoureux mais encore animés, qui vêtaient les façades et les grilles, avant de me rendre à l’évidence : le vert s’était terni, les longues tiges devenaient de lâches ficelles… Finalement la vie se retirait ou se mettait en dormance. Il fallut se résoudre à taillader la toile du tableau 2015.

Alors, ôter les feuilles mortes et les tiges mourantes des annuelles (courges, tomates…), et les déposer en offrande nourricière (sans les malades), en place du pied qui les avait portées.

Alléger, éclaircir aussi certains arbustes, sans les défigurer, dans une taille de transparence, après avoir lu et relu « La taille raisonnée des arbustes d’ornement » de Pascal Prieur et suivi le cours public de la taille des arbustes d’ornement à l’Ecole du Breuil. Surtout, opérer branche après branche et, pour chaque geste de taille, prendre du recul, regarder la silhouette de la plante, son équilibre.

Puis pelotonner les pieds contre les engelures, dans une belle couverture d’hiver de paille lumineuse (je vous en ai déjà parlé). Moi, rien qu’à la regarder tous les jours, elle me réchauffait, cette paille ! Les bacs du passage ressemblaient maintenant aux crèches des étables.

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Observation d’un fruitier palissé avant taille, clos de Patrick Fontaine, Montreuil

Ce n’est que fin février que j’ai timidement attaqué la taille de mes jeunes fruitiers, les deux pommiers et les pieds de vigne, après avoir lu et relu et comparé le « Manuel de taille douce » d’Alain Pontoppidan et « L’art de tailler les arbres et les plantes » de Georges Truffaut et Pierre Hampe … et après avoir rendu ma visite biennale à Patrick Fontaine, qui partage insatiablement sa pratique de la taille des fruitiers palissés de son clos des murs à pêches de l’impasse Gobetue à Montreuil. Derrière la taille, c’est en fait au fonctionnement des énergies internes de l’arbre auxquelles je me familiarise.

J’aime le port naturel de l’arbre, alors je fais à mon idée, riche de toutes ces pistes.

C’est à ce moment-là aussi que j’ai charpenté et taillé les rosiers sur leurs grilles porteuses. J’ai enfin étêté les vieilles fleurs des clématites devenues plumeaux, pour mettre un peu d’ordre dans l’enchevêtrement des tiges ligneuses éteintes en apparence, sans savoir lesquelles tailler. Le lilas des Indes fut le dernier à subir sa coupe annuelle. Couper tard, juste avant la repousse, pour laisser l’arbuste à l’écorce cannelle le moins longtemps tête nue, ce qui jetait alors un froid dans le passage.

Malgré ces étapes, à la fin de l’hiver, le passage-jardin baignait encore dans un halo vert, qui se relança même, dans la douceur, jusqu’au coup d’arrêt de la fin janvier. Certaines plantes caduques portaient toujours leurs feuilles (akébia, fuchsia, salvia amistad, rosiers, cerfeuil). Les betteraves et les blettes à carde jaune étaient resplendissantes. Au milieu d’elles, le camélia, de ses intarissables pompons roses, fut la curiosité de presque deux saisons.

Une jeune hellébore resta en son unique bouton qui bouda tout l’hiver. Une contrariété ? Dans le même environnement proche se tenait la sauge ananas qui avait peiné tout l’été. Je plongeai dans leur sol, et, sous les profondeurs, nichées dans les racines, je découvris une myriade de grasses larves blanches de charançon qui paissaient sans effort. Je dus renoncer à épouiller les cheveux racinaires, la terre. Il fallut renouveler tout le substrat, dénuder les racines épuisées puis les praliner et leur donner une nouvelle chance…

Fin de l’hiver. Fin de la préparation.

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Veillée pour la terre, 11 décembre 2015, rue de Vaugirard


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Le bon temps du printemps

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Renaissance

Promenade de printemps au passage…

Le bourgeon est le pinceau de son devenir.

Délicat déploiement de feuilles, origami minutieux à rebours. Qui a si savamment et finement plié, en ces minuscules bourses, le grand costume végétal qui va pousser, s’étirer, s’ébattre au grand air, le tissu encore tout fraîchement repassé ?

Les feuilles de charme (Carpinus) ouvrent leurs ailes comme de jeunes oiseaux qui s’exercent au vol. Il leur faudra attendre l’automne.

Le bourgeon apical des deux petits marronniers (Aesculus hippocastanum), fils d’une araignée ? D’abord pris dans sa gaze de nouveau-né comme une camisole de fils de soie, il est ainsi gardé bien entier jusqu’au moment de son émancipation. C’est en ombrelle qu’il s’ouvre alors.

En avril, la consoude (Symphitum) déploie tous ses charmes, comme pour attirer l’attention et dire quelque chose. Consoude bleue, consoude rose : avril donne le ton. Grappes de petites corolles fixées sous leur feuille, en boucles d’oreilles à croquer. Couleur fruit des bois. Framboise, virant bleu puis blanc. Myrtille, virant framboise. Bleu, blanc, rose. La consoude, de ses couleurs patriotiques, lance peut-être un appel : elle invite à la consolidation des fractures, qu’elle a le pouvoir d’accélérer. Le corps social a aussi le droit d’être pansé. Un bourdon ne demande pas son reste et vient téter le nectar.

La discrète jacinthe des bois (Hyacinthoide non-scripta) bleu mauve découvre craintivement un œil après l’autre sur le monde, puis un autre et encore un autre. Elle prend doucement de la hauteur et vient chercher, avec la souplesse d’un chat, l’affection de la fine branche souple de l’érable du japon (Acer palmatum) à la ramure rose et au plumage vert frais. Ils vont bien ensemble. Cela va-t-il durer ?

Au printemps, le vert est marqueur du temps qui passe. Au début du printemps, sur la ligne de vie d’un végétal au feuillage persistant, le passé et le présent avançant se donnent à voir ensemble, en un même moment. Ainsi, sur le lierre (Hedera) : en arrière-plan des feuilles aînées vert sombre de l’année écoulée viennent des feuilles fraiches et brillantes. Le vert s’exhale dans une incroyable gamme chromatique. C’est ainsi que j’ai commencé à apprécier les végétaux persistants, qui ne sont pas que le fond immobile d’un décor.

Tant de nuances de vert…les formes, les tons, les textures associées multiplient encore le champ infini de ses nuances.

A la fin de l’hiver, des créatures de la forêt ont rejoint les zones ombrées du passage. Elles se terraient jusque là. A la faveur du printemps, dans un fragile numéro de funambule, elles ont montré discrètement leur drôle de chapeau, les  fleurs des elfes (Epimedium). Ce seront elles qui porteront désormais le mystère des malices inexpliquées dans le jardin du passage.