jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.


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De belles feuilles fondamentales à la veille de l’été

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Lignes de vie dans la paume d’une rhubarbe

Feuilles du Pape
Comme elles sont riches, engageantes et assurément comestibles pour « tout homme et toute femme de bonne volonté », ces feuilles au message universel élaborées par le Pape François dans son encyclique Laudato Si pour la sauvegarde de la Terre parue jeudi dernier !

Expérience de lien entre nature et société au passage….

Le texte révèle une impressionnante imprégnation, par son auteur, des causes et des dysfonctionnements de notre monde avec le clairvoyant constat que tout est lié. Le concept d’écologie proposé avec une dimension intégrale rend indissociable fragilité de la terre et fragilité de l’homme. L’environnement y est en effet défini comme « une relation entre la nature et la société qui l’habite ». La relation est au cœur de l’encyclique, analyse avec enthousiasme Elena Lasida, économiste et théologienne. En effet, on le sent bien, la nature du lien entretenu avec tout le vivant est sans aucun doute la clef pour un meilleur monde possible. Le Pape appelle à un nouveau style de vie afin de résoudre ensemble l’appauvrissement de l’homme et de la nature. Beaucoup de pistes sont suggérées dans de multiples thématiques pour réveiller nos sociétés, notre humanité et faire appel à notre créativité.

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Passage luxuriant au printemps

Feuilles du passage
Pendant que croissaient dans le secret ces belles feuilles courageuses et nécessaires aux oreilles des puissants pour la sauvegarde de notre « Maison commune », le feuillage du modeste passage arrivait à son plus beau développement, assurant ainsi de belles conditions pour la formation des fleurs et fruits à venir. Délaissant un temps l’arrosoir et la pelle, la jardinière devait reprendre son stylo….

En ce printemps bien sec, le tuyau d’arrosage s’est trop souvent étiré sur les pavés du passage. Les jeunes feuilles des anémones du japon s’étirent et se froissent au gré de la soif. Les chèvrefeuilles tirent souvent leurs langues-feuilles. Le figuier résiste bien: une jolie forêt de feuilles cache naïvement la seule figue, qui n’a en fait plus de secret pour personne.  Aucun poinçonneur des lilas n’est venu ajourer ses feuilles, tandis que la rose trémière, la vigne et le rosier buissonnant ont été visités : chenille en brindille de camouflage ou charançon nocturne ont été chassés manu militari (jusqu’à la prochaine fois), sans aucune chimie bien sûr…

Les deux pommiers affirment chacun leur personnalité : Reine des reinettes (sauvé in extremis d’une rapine urbaine), tronc noueux, frondaison dense et verticale telle une couronne royale. Akane, chandelier taille fine à huit branches. On n’attend pas de fruit pour cette première année. Le persil (celui du jardin insolite du parc floral) n’a certes rien d’un pommier mais il a développé de grandes branches épaisses et des ombelles de fleurs blanches prêtes à monter en graine.

Trois des jeunes vignes montrent déjà de belles constellations de grappes. La quatrième opère un décollage poussif de la planète terre. Les astrologues auraient aussi beaucoup à lire dans les lignes de vie des palmes quasi tropicales de la rhubarbe. Vraiment trop belle pour être réduite en compote.

Des feuilles aujourd’hui gargantuesques incongrûment sorties de terre offrent de nouvelles formes généreuses au passage. Visiblement, le lombricompost 2015 s’avère une année à courges ! Potiron (ou potimarron ?) promet un couple inattendu avec l’élancé acer. Un petit côté Laurel et Hardi. Inquiets, les enfants demandent après les tomates. Hé hé… 14 variétés déjà bien feuillues avaient été semées précautionneusement comme on cache les œufs de Pâques au jardin. Les feuilles de capucine ont de bonnes bouilles de grenouille. Immobiles, elles captent, aux commissures de leurs fleurs, les pucerons noirs. Ceux-ci en oublient complètement les petites étoiles lumineuses des pieds de tomate voisins.
Des couleurs percent le feuillage vert. Jaune citron, le dahlia dans le nouveau coin potager, orange bic les cardes des blettes luisantes et les fleurs de soucis semés aux quatre vents pour se sentir plus léger. Rouge vermillon, les roses en bouquet n’ont jamais été si nombreuses cette année. Vive le crottin et les cours de taille !

Allez, promis, je vous emmènerai bientôt pour une balade odorante qui ne sentira pas le crottin. En attendant, sachez que le poisson rouge respire à plein poumon dans son paquebot rouillé. Prêle, nénuphar nain, menthe aquatique lui donnent « une fraîcheur de vivre hollywood chewing-gum ».

Un habitant passe. Il s’arrête. Il m’avoue que, du pays d’où il vient, il y avait des palmiers qu’il a quittés pour l’attraction de la grande ville. La beauté de la nature, il l’a finalement reçue là, simplement, dans ce jeune jardin sur les pavés qu’il traverse chaque jour.

« Les habitants de cette planète ne sont pas faits pour vivre en étant toujours plus envahis par le ciment, l’asphalte, le verre et les métaux, privés du contact physique avec la nature ». Laudato Si, Ed. Salvator, 2015, p.38, 3,9€.

Chut, tendez l’oreille, vous entendrez comme une autre confidence les gracieuses pampilles fuchsia murmurer dans le vent. Là-bas, sur le mur, dans le soleil de fin de journée, des ombres au tableau végétal projettent encore le promeneur dans un autre jardin.

MonnaieduPape_AV

Monnaie du pape ou lunaria annua au passage

Et je glisse à ma mesure quelques pièces de monnaie dans l’escarcelle du pape François pour notre belle Maison commune…