jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.


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Spectacles

Dans mon bistrot. 9h50. Je lève les yeux. Sur l’écran, hélicos en chute libre. Père bouffi de tristesse. 11h20. Je lève les yeux. Hélicos en chute libre. Père bouffi de tristesse. 15h25. Je lève les yeux. Hélicos en chute libre. Père bouffi de tristesse… Images à répétition comme un clou qu’on enfonce. Effondrement d’un père, émotion intime offerte en pâture. Qui a tant besoin de s’abreuver de ce qu’un père peut éprouver à la perte de son enfant ? Evénement dramatique transformé en spectacle médiatique. Dans quelle dépression sociétale veut-on nous plonger ? Et dans ce climat d’amalgame, du « tout va mal » (de près ou de loin) au vote politique, il y a le grand risque d’un mauvais pas…

Dans mon passage. Vendredi. Je lève les yeux. Le long de la grille, bois mort, cadavres organiques. Lundi. Je lève les yeux. Minuscules boursoufflures apparues à la croisée de branches. Mercredi. Je lève les yeux. Préfiguration d’un bourgeon. Vendredi. Je lève les yeux. Débourrement de vert : de la carapace de bois s’extrait la forme d’une feuille contenant une extraordinaire concentration de vie, celle du végétal qui va se déployer cette année.

Pour s’offrir d’autres images que celle du spectacle que l’on nous sert, faites comme moi, choisissez une petite branche, même banale mais que vous croisez tous les matins, et observez-là bien !

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« Natures vivantes » au passage, équinoxe de printemps 2015

Mue du weigela, mars 2015

Mue du weigela, mars 2015

On y est presque… demain c’est l’printemps !
C’est astronomique, cette vie qui reprend immuablement le dessus* ! Le retour de la vie, c’est la mise en mouvement à l’oeil nu, c’est l’entrée en couleurs. Jaune, vert, mauve, blanc sont les lumières du printemps. Dans le passage, parmi les congénères végétales, il y a des signes et scènes de vie qui ne trompent pas…

A l’entrée, un jeune fuchsia, courte tige avec déjà trois feuilles fraiches en toupet et une fleur en préparation, monte la garde, bon gré mal gré, devant le robinet d’arrivée du gaz. Le gamin préfèrerait jouer avec l’akebia quinata qui s’apprête à expulser, en ses nœuds, un jeu de billes. Le figuier, du fond du passage, pointe en ce moment ses flèches néolithiques. Il aurait bien pris sa place.

Les clématites, qui faisaient les mortes sur la grille bleue, ont sorti leurs premiers atours, entre les griffes des rosiers. Ces derniers ont été bien rafraîchis par une coupe de fin d’hiver, façon Bagatelle**. A deux pas, une bande de moucherons s’agglutine sur une jeune feuille de rosier, précoce et tendre… Autre gourmand, le bourgeon apical du marronnier, arbrisseau pas plus haut qu’un bâton de glace, a le bec tout barbouillé de sirop. Pourtant tout est calme du côté des trois poissons rouges bonbons acidulés qui répondent tous présents dans leur paquebot rouillé sortant de l’hiver.

De tous petits cônes bleutés, tels une forêt de petits sapins vus d’avion, surgissent du sol parmi leurs feuilles ficelles : ciel, des muscaris oubliés ! Un délicat crocus mauve solitaire dévoile très pudiquement ses fines perles orangées. Mais il se froisse à la moindre contrariété climatique. Ce n’est pas le genre des ficaires et de la primevère commune jaune pâle, plus rustique avec ses feuilles bien gaufrées. Les narcisses se prennent rien moins que pour le soleil, abusant largement de son absence. Les jonquilles, en boutons vert amande, sont moins fières : encore estourbies de leur expulsion des profondeurs, certaines restent chapeautées tantôt d’une feuille morte, tantôt d’un brin de paille, leur ultime opercule. Non loin, drôles de boutons que ces bouchons de liège juchés sur tige de bois. Un leurre, une fantaisie de bistrotière, un « truc » de jardinière, une stratégie dissuasive ? A votre avis ? Ces intrus font beaucoup jaser…

Le redoux en émoustille déjà quelques-uns. Le jasmin, gaillard, flirte avec ce qu’il croit être une cousine lointaine (une ferronnerie verte en fait, pas bien tendre). Un bourgeon d’hortensia joue l’exhibitionniste derrière le parking à vélo. Le grand acer élancé, se parant pour la fête du printemps, a verni le bout de ses ongles, qui vont toujours par deux. Pas besoin d’artifices pour son petit frère, qui nous a gratifié tout l’hiver de son bois naturellement rouge, en gerbes de feu.

Le weigela fait sa mue, abandonnant ses feuilles tannées par l’année écoulée, pour de frais habits en cascade. Persil et sarriette ont développé un gras manteau vert en plein hiver. Même pas besoin de paille sur le dos. La monnaie du pape (en fleur en janvier) est sur la paille, elle : elle a été allégée de trois graines par un visiteur pointilleux… sous l’indifférence générale des pieds de vigne, des deux pommiers, et du lilas des indes qui dorment encore profondément.

Entre tous, parmi cette cours, l’hellébore blanche est bien, encore à ce jour, la reine de l’hiver. Les perce-neige, eux, s’envolent à tire-d’aile après avoir déposé un baiser sur les lèvres duveteuses de l’hamamélis, nouvel arrivant automnal. Va-t-il se réveiller ?

Venez donc voir le 28 mars : plantes et habitants du passage, on fêtera ensemble (à une semaine près) l’arrivée du printemps !

D’ici là, poursuivez la poésie du printemps en écoutant la jolie carte blanche de Jean Teulé ce jeudi 19 mars 2015 dans la matinale de France inter

 

*Astronomique… tant que l’on préserve les équilibres climatiques pour que le printemps ne débarque pas en plein hiver.
** Coupe à la mode Bagatelle : votre jardinière a suivi cet hiver une formation de taille des rosiers par l’Ecole du Breuil dans la roseraie de Bagatelle. Chic !