jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.

La serveuse aux tomates….

2 Commentaires

production 2014 AV

Année 1.
Et la tomate fut. Elle fut partout, ou presque, dans le passage.

Dans le bac en « bois de récup » construit avec les voisins de mon immeuble et placé dans ce carré de lumière où le soleil venait plus longtemps se poser, je plantai des plants de tomates en mai. Zébra, noire de crimée, cerise, poire…. Ce château de bois devait être le royaume de la tomate.

Et puis, contre toute attente, je vis, au beau milieu de l’été, une forêt de pieds de tomates se dresser partout des bacs du passage, comme la forêt de Birnam en marche vers Macbeth. Des petites lances sortaient de terre, se hissaient du riche compost produit sur place* et répandu au fil de l’année. Ombre ou soleil, peu importait, elles avançaient, s’épanouissaient, s’élançaient, se donnaient généreusement en tiges arabesques ou filiformes. Trouvant leur chemin parmi épines, feuillages touffus ou persistants, en terre acide ou neutre, elles se paraient de feuilles odorantes et de jaunes étoiles. Partout où je n’avais pas encore eu le temps de planter, elles prirent place. Je la leur laissai. Laisser faire, laisser pousser. Libre circulation des végétaux ! Servir la tomate… Veiller à ce que l’exubérance s’exprime mais n’étouffe pas. Espérer que cette exubérance un peu sauvageonne soit acceptée par les habitants…

Tomate viorne. Tomate rosier. Tomate camélia. Tomate acer. Tomate Ipomée. Tomate tomate. Auprès de tous les végétaux du passage elles ont trouvé des alliées, cherchant parfois à leur ressembler. Tous les végétaux ou presque, sauf le bambou, le sapin bleu et l’eucalyptus.

En août, les tomates du château de bois avaient déjà les joues bien rouges. Une fois qu’elles y furent dirigées, les menottes des enfants du passage n’attendirent pas toujours le rouge suprême. Début septembre, une petite récolte représentative permit de fêter dignement avec les habitants du passage le retour de l’été à Paris.

En août aussi, de joufflues petites têtes vertes cachées dans leur chevelure végétale donnèrent corps et esprit à ces géantes longilignes impromptues. Pour le plus grand étonnement pétillant des grands et petits passants qui s’amusaient à dévoiler leurs découvertes. Objets de tentation, elles restèrent pourtant sur pied, jusqu’au bout !  Elles eurent le temps de devenir de vertes adultes, pour certaines sans même avoir été caressées par le soleil. Et quels beaux bouts de femmes : elles provenaient des pépins des tomates charnues et juteuses du producteur de notre Amap**, jetés dans le composteur.

Un jour de novembre, ce 1er jour où le brouillard humide nous glace coutumièrement, il faisait beau et doux. Le lendemain on basculerait dans l’automne. On fit (encore) la Fête de l’automne dans le passage. « En Colombie on les mange vertes, les tomates, avec citron, concombre et oignons rouges », m’avait appris une famille qui aimait bien me voir jardiner au pied de leurs fenêtres. Je ne pouvais que leur faire confiance : la tomate, originaire d’Amérique du Sud, était leur compatriote. Alors on fit la cueillette de toutes les tomates avec les enfants. Et on fit la salade de tomates vertes du passage. Ce jour là, il y eut aussi une sangria très attractive, des châtaignes grillées, du poulet mariné et des pandebonos*** tous chauds apportés par les colombiens. On festoya en douceur jusqu’à la nuit…
Le lendemain, les végétales tomates, épuisées à la venue de l’automne, s’en retournèrent vers la terre : j’arrachai les pieds et taillai en pièce la forêt. Elle m’offrit encore généreusement dans son dernier souffle ses ultimes effluves si odorantes. Le butin de verdure fut réparti dans les bacs pour pailler le pied de leurs alliées d’antan en vue de l’hiver.

J’suis rien qu’une serveuse automate, ça m’laisse tout mon temps pour rêver
Même quand j’tiens plus d’bout sur mes pattes
J’suis toujours prête à m’envoler
J’travaille à l’Underground café

J’veux pas travailler, juste pour travailler, pour gagner ma vie….. comme on dit
J’voudrais seul’ment faire, quelque chose que j’aime….
Un jour vous verrez la serveuse automate…. cultiver ses tomates, au soleil.

Extrait de : La complainte de la serveuse automate – Starmania (Luc Plamandon/Michel Berger).

* Compost produit dans le lombricomposteur de mon immeuble (post à venir !).
** AMAP : une Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP) est un partenariat entre un groupe de consommateurs et une ferme, basé sur un système de distribution de « paniers » composés des produits de la ferme. Le système de production est très qualitatif (généralement en bio et variétés gouteuses) et favorise les circuits courts. Des familles de mon immeuble s’y approvisionnent. cf. le réseau des AMAP d’Ile-de-France
*** Pandebonos : petits pains au fromage, spécialité colombienne.

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2 réflexions sur “La serveuse aux tomates….

  1. Ce post est vraiment cool! Hi!

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  2. Hello Hello !! Trop bô les tômates et la chanson…j’adôre ! Bref, on a envie de chausser ses bottes et te suivre à la trace pour découvrir les merveilles de ton passage ! Et je suis bien d’accord avec toi, ça sent bon quand on arrose les tomates !! J’essaye de faire mûrir celles de nos jardinières (de fenêtre 😉 à partir de ce soir.
    Merci pour ce partage.
    A bientôt
    Caroline

    J'aime

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