jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.


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Le luxe à Paris…

Exclusif ! Deux matières rares et précieuses à l’honneur de la collection cosmétique organique automne-hiver 2014. Un secret à ne surtout pas dévoiler aux adeptes de MylittleParis

Fragrance fumante de cuir et d’humus, texture agglomérée en rondes légèrement friables, c’est le crottin de cheval percheron s’ébattant en prairie. Un baume nourrissant d’exception.

Fibres dorées de céréales coupées enchevêtrées, texture rêche à fort pouvoir calorifique, c’est la généreuse brassée de paille. Un tricot fermier et chaleureux pour délicates parisiennes.

Cet ensemble haute culture, un rêve sur papier glacé pour jardinière urbaine parisienne ?
Pas à Paris XVIIIè…. Ces deux matières nobles et rares sont arrivées cet automne au passage ! Les plantations seront bientôt parées d’une luisante fourrure hivernale.

Crottin et paille…. Offrandes simples et précieuses, geste libre et inattendu d’une habitante au retour de sa campagne. Le luxe, c’est cela, exactement.

Usages :
La paille permet de protéger les pieds des végétaux, pour maintenir la chaleur contre la froidure de l’hiver, limiter l’évaporation de l’eau et aussi apporter de la nourriture organique qui viendra amender la terre en se décomposant progressivement.
Le crottin de cheval (éviter celui des centres équestres, pouvant contenir des résidus de médicaments) qui a reposé quelques semaines (pour détruire les germes) est associé à la paille pour améliorer les qualités organiques de la terre. Il peut aussi être dispersé en surface à même la terre (sans lui faire toucher tronc et racines qu’il pourrait brûler) et réjouira particulièrement les plantations fruitières et les rosiers.

On regrette la disparition des calèches parisiennes….

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La serveuse aux tomates….

production 2014 AV

Année 1.
Et la tomate fut. Elle fut partout, ou presque, dans le passage.

Dans le bac en « bois de récup » construit avec les voisins de mon immeuble et placé dans ce carré de lumière où le soleil venait plus longtemps se poser, je plantai des plants de tomates en mai. Zébra, noire de crimée, cerise, poire…. Ce château de bois devait être le royaume de la tomate.

Et puis, contre toute attente, je vis, au beau milieu de l’été, une forêt de pieds de tomates se dresser partout des bacs du passage, comme la forêt de Birnam en marche vers Macbeth. Des petites lances sortaient de terre, se hissaient du riche compost produit sur place* et répandu au fil de l’année. Ombre ou soleil, peu importait, elles avançaient, s’épanouissaient, s’élançaient, se donnaient généreusement en tiges arabesques ou filiformes. Trouvant leur chemin parmi épines, feuillages touffus ou persistants, en terre acide ou neutre, elles se paraient de feuilles odorantes et de jaunes étoiles. Partout où je n’avais pas encore eu le temps de planter, elles prirent place. Je la leur laissai. Laisser faire, laisser pousser. Libre circulation des végétaux ! Servir la tomate… Veiller à ce que l’exubérance s’exprime mais n’étouffe pas. Espérer que cette exubérance un peu sauvageonne soit acceptée par les habitants…

Tomate viorne. Tomate rosier. Tomate camélia. Tomate acer. Tomate Ipomée. Tomate tomate. Auprès de tous les végétaux du passage elles ont trouvé des alliées, cherchant parfois à leur ressembler. Tous les végétaux ou presque, sauf le bambou, le sapin bleu et l’eucalyptus.

En août, les tomates du château de bois avaient déjà les joues bien rouges. Une fois qu’elles y furent dirigées, les menottes des enfants du passage n’attendirent pas toujours le rouge suprême. Début septembre, une petite récolte représentative permit de fêter dignement avec les habitants du passage le retour de l’été à Paris.

En août aussi, de joufflues petites têtes vertes cachées dans leur chevelure végétale donnèrent corps et esprit à ces géantes longilignes impromptues. Pour le plus grand étonnement pétillant des grands et petits passants qui s’amusaient à dévoiler leurs découvertes. Objets de tentation, elles restèrent pourtant sur pied, jusqu’au bout !  Elles eurent le temps de devenir de vertes adultes, pour certaines sans même avoir été caressées par le soleil. Et quels beaux bouts de femmes : elles provenaient des pépins des tomates charnues et juteuses du producteur de notre Amap**, jetés dans le composteur.

Un jour de novembre, ce 1er jour où le brouillard humide nous glace coutumièrement, il faisait beau et doux. Le lendemain on basculerait dans l’automne. On fit (encore) la Fête de l’automne dans le passage. « En Colombie on les mange vertes, les tomates, avec citron, concombre et oignons rouges », m’avait appris une famille qui aimait bien me voir jardiner au pied de leurs fenêtres. Je ne pouvais que leur faire confiance : la tomate, originaire d’Amérique du Sud, était leur compatriote. Alors on fit la cueillette de toutes les tomates avec les enfants. Et on fit la salade de tomates vertes du passage. Ce jour là, il y eut aussi une sangria très attractive, des châtaignes grillées, du poulet mariné et des pandebonos*** tous chauds apportés par les colombiens. On festoya en douceur jusqu’à la nuit…
Le lendemain, les végétales tomates, épuisées à la venue de l’automne, s’en retournèrent vers la terre : j’arrachai les pieds et taillai en pièce la forêt. Elle m’offrit encore généreusement dans son dernier souffle ses ultimes effluves si odorantes. Le butin de verdure fut réparti dans les bacs pour pailler le pied de leurs alliées d’antan en vue de l’hiver.

J’suis rien qu’une serveuse automate, ça m’laisse tout mon temps pour rêver
Même quand j’tiens plus d’bout sur mes pattes
J’suis toujours prête à m’envoler
J’travaille à l’Underground café

J’veux pas travailler, juste pour travailler, pour gagner ma vie….. comme on dit
J’voudrais seul’ment faire, quelque chose que j’aime….
Un jour vous verrez la serveuse automate…. cultiver ses tomates, au soleil.

Extrait de : La complainte de la serveuse automate – Starmania (Luc Plamandon/Michel Berger).

* Compost produit dans le lombricomposteur de mon immeuble (post à venir !).
** AMAP : une Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP) est un partenariat entre un groupe de consommateurs et une ferme, basé sur un système de distribution de « paniers » composés des produits de la ferme. Le système de production est très qualitatif (généralement en bio et variétés gouteuses) et favorise les circuits courts. Des familles de mon immeuble s’y approvisionnent. cf. le réseau des AMAP d’Ile-de-France
*** Pandebonos : petits pains au fromage, spécialité colombienne.