jardiniere de passage

De l'expérience d'un jardin dans un passage de Paris.


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La bouture fait des miracles…

boutures_AVIn extremis, en ce passage de l’été à l’automne, il est tout juste temps d’expérimenter l’art de la bouture.

Avant de quitter la Bretagne, je sors mon opinel et je mets en pratique l’enseignement d’un patient jardinier de Kerdruc. Je vise un lierre grimpant* en pleine floraison, le long d’un de ces sentiers de douaniers qui veillent sur ces baies tout aussi fruitées que marines. Et je réalise, munie de mon nouveau savoir, le pouvoir de la bouture : il me donne d’être riche sans rien appauvrir. La bouture c’est l’esprit de partage entre jardiniers : l’échange de l’émerveillement d’un parfum, d’une feuille ou d’une fleur, gratifié d’un morceau de tige. La bouture c’est aussi le plaisir de l’arpenteur solitaire qui prélève sa petite part, parfois en douce, pour son jardin d’éden. Mais rien de mal pourtant : la bouture c’est cueillir la nature sans l’éteindre. C’est l’étreindre sans l’éteindre. C’est la multiplication des belles choses. C’est la libre circulation des belles choses. C’est un souffle de liberté. C’est emporter avec soi un parfum, un souvenir pour le faire rejaillir ailleurs. Le transport, un stolon imaginaire.

Rosporden, 8h53. Le train entre en gare. Sur le quai, un dernier prélèvement. Cet arbuste horticole croisé lors des balades le long de l’Aven me tend ses clochettes rosées odorantes. Sur le marchepied du TGV, dernière respiration, dernier regard sur les vacances. Une dame sur le quai m’agite, comme un au-revoir, sa petite branche verte. « Vous aussi! » s’exclame-t-elle. Je lui lance in extremis (savante de 2 jours seulement) : « c’est un Abelia grandiflora » !  On se sourit, complices. Mon bouquet de branches (bien emmailloté d’un papier toilette rose humidifié au wagon 18) est planté, dans l’attente de mieux, dans le porte-crayon plastique incrusté dans le siège. Passage du contrôleur : « elle est jolie votre plante, là. Je viens de construire une pergola chez moi, à Bordeaux, et je cherche une grimpante qui aime le soleil. Si vous aviez une idée… » Puissance végétale génitrice, la bouture, là où elle passe, stimule aussi les liens entre humains. Paris. 16h30, Maison du jardinage, Chai de Bercy, un beau houx aux feuilles luisantes et découpées pique mon attention. Je commets un autre bienfait et me voilà munie d’un nouveau compagnon de route. Sur la ligne 14 du retour, le houx me rend nettement moins attractive. Mauvaise saison. Qu’en sera-t-il avec ses boules rouges à Noël ?

* Lierre grimpant : sa floraison en ombelles sphériques odorantes est extrêmement mellifère, ses fruits nourrissent les oiseaux, et son feuillage persistant offre refuges et sites de nidifications à de nombreux animaux, en particulier l’hiver.  Très résistant au froid, à la déshydratation, il est actif à cette saison (photosynthèse, production de pollen, production de fruits) tandis que les feuillus sont en repos. C’est une liane épiphyte, c’est à dire qu’elle se sert d’un arbre comme support, avec lequel elle vit en association. Le lierre grimpant fait partie des plantes dites « dépolluantes ».
Planté au pied d’un pieu en bois dans notre passage, je l’imagine déjà l’enlaçant tout entier et bourdonnant d’insectes sans domicile.

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Petit jaune, émouvant voyageur

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Petit jaune à Penmarc’h

Loin de Paris… A l’air le plus pur, sur la côte de Penmarc’h dans le sable d’une grande plage puissante, mes empreintes rencontrent un fin sillon de vie. Droit devant, tout au bout de la ligne, un tout petit coquillage jaune solitaire trace fragilement sa route vers l’ouest. Une intention ou l’attraction du soleil couchant ? Dans sa direction, il va. Et il tient démesurément sa place, là sur cette grande plage puissante où tourbillonnent les goélands, offrant malgré lui le spectacle, réconfortant pour soi-même, d’une sorte de courage pour sa propre vie à qui pouvait le voir.